Febelhair, organisation professionnelle membre UCM
La coiffure risque de ne jamais se remettre

Ballotté de fermetures en pseudo-réouvertures, le métier de coiffeur est à l'agonie. La fédération professionnelle Febelhair fustige le résultat des mesures Covid-19. Le secteur est cloué au pilori.

Les responsables de Febelhair, Charles-Antoine Huybrechts et Patrick Dumont, rient jaune. La profession de coiffeur est sous assistance respiratoire. Le diagnostic vital est engagé.

UCM Magazine rencontre Febelhair fin mars. Le comité de concertation du 24 n'a pas encore eu lieu et les salons de coiffure sont ouverts, les carnets de rendez-vous remplis, malgré une méfiance latente des consommateurs. La fédération se veut rassurante mais la tension est palpable.

Patrick Dumont, vice-président, est le négociateur qui a porté le message du secteur dès le début de la crise. Le nouveau président de Febelhair, Charles-Antoine Huybrechts, lui aussi actif dans le monde de la coiffure depuis de nombreuses années, apporte du sang neuf. Ensemble, ils promeuvent l'enseignement et la formation, se consacrent à la défense des employeurs, la représentation européenne, l'information du secteur, l'organisation d'événements et de concours. Et ils œuvrent au plan de relance du secteur.

"Notre fédération représente plus de 22.000 coiffeurs dont 4.300 sont des employeurs et occupent près de 14.000 personnes. Soit plus de trois employés par chef d'entreprise. La situation est extrêmement compliquée et l'était déjà avant la crise. Nous avions du mal à accuser la hausse salariale depuis 2012 et la baisse constante de fréquentation des salons de coiffure. Dans les années septante, les clients passaient la porte du salon deux fois par mois en moyenne. Aujourd'hui, c'est environ une fois par trimestre."

Bain de sang social

"Pour le moment, il y a peu de de licenciements car les collaborateurs sont au chômage temporaire corona. Sans cette mesure, ce serait un bain de sang social ! Les conditions imposées aux coiffeurs ont compliqué nos plannings de travail et réduit considérablement la rentabilité", résume Charles-Antoine Huybrechts, responsable de la franchise Jean-Claude Biguine. Avant une nouvelle douche froide et l'interdiction d'exercer. La réouverture des salons, après plus de trois mois de confinement, avait pourtant démontré à deux reprises déjà leur capacité à rebondir dans le respect des mesures.

Selon Febelhair, la faute revient "aux gestionnaires de cette crise, qui interprètent des chiffres et des situations loin de la réalité du terrain, en se trompant de cible. Ils mettent à mal toute une profession et des milliers de chefs d'entreprise, sans compter les travailleurs et leurs familles." Si le coiffeur indépendant peut tirer son épingle du jeu durant cette crise, Febelhair avance un scénario bien différent pour l'employeur qui gère plusieurs structures et l'emploi de collaborateurs, en tenant compte des concurrences transfrontalières et "intra-salon" (des salariés qui coiffent au noir à domicile).

"Quand on interdit à un employeur belge d'accueillir sa cliente dans son salon sécurisé, celle-ci passe la frontière car des professionnels limitrophes louent des sièges aux coiffeurs belges, à moins de huit minutes en auto de chez nous. En Belgique, on fait semblant de ne pas savoir, les prestations non déclarées à domicile s'intensifient : une activité qui sort des radars, qui affaiblit davantage les employeurs et jette l'opprobre sur toute la profession."

Difficultés financières, salons désertés, informations qui inquiètent et décisions gouvernementales incohérentes… le cocktail est très indigeste pour la profession, qui doit aussi complètement financer des frais directement liés à la crise sanitaire. "Une étude Febelhair fixe la dépense entre 1.500 et 2.500 euros par salon pour l'achat de gels, de masques, de serviettes et gants jetables et la pose de détecteur de CO2 et de plexiglas. Ce sont des coûts décaissés, il faut encore y ajouter la baisse du chiffre d'affaires consécutive aux différentes mesures. Rentabiliser est mission impossible."

Quelles solutions ?

"Les recettes d'hier seront les échecs de demain, affirme Patrick Dumont. Il faut se repenser. La flexibilité du temps de travail est devenue indispensable pour restaurer la rentabilité des entreprises, garantie du maintien de l'emploi."

Sur dix coiffeurs, on compte deux employeurs, quasi obligés d'augmenter le prix de leurs prestations pour compenser et préserver le salariat. Enfin, il faut une TVA à 6 % au lieu de 21 %. Cette mesure améliorerait les marges, tout en incitant la clientèle à fréquenter plus régulièrement les salons de coiffure et à inverser ainsi la tendance.

Des décisions indéfendables

Samedi 3 avril, la tension est palpable au bout du téléphone. Patrick Dumont ne mâche pas ses mots. "C'est véritablement une trahison et un abus de confiance. Au déconfinement du 13 février, le Premier ministre nous avait promis qu'il “ne rouvrait pas les métiers de contact pour les refermer quelques semaines plus tard. ” Or il l'a fait. La situation est d'autant plus scandaleuse que le secteur a été obligé de se soumettre à un protocole sanitaire très strict, et que des investissements complémentaires lui ont été imposés.

Par ailleurs, le gouvernement reconnaît que les coiffeurs ne sont en rien responsables. Ils sont juste un "dommage collatéral" et doivent fermer pour limiter les contacts dans leur ensemble. Injustice, incohérence, manipulation des chiffres : les mots sont forts. "Ils le seraient davantage si je pouvais m'exprimer à titre personnel, poursuit Patrick Dumont. La fédération n'incite pas à la désobéissance, mais nous ne trouvons plus les arguments pour appuyer les décisions de nos décideurs. Que voulez-vous que nous disions aux chefs d'entreprise quand on voit ces scènes de fête et de rassemblement, des gens entassés dans les trains pour aller manger un sandwich à la mer, un télétravail trop peu respecté avec des bus, des trams et des métros pleins à craquer alors qu'on nous interdit d'ouvrir nos salons et de travailler ? Nous n'avons plus d'arguments de persuasion, les mesures sont injustes et incomprises. Il faut d'ailleurs se référer aux récents événements du bois de la Cambre : les gaz, les matraques, les canons à eau et des chevaux qui piétinent la population de non-essentiels démontrent que l'adhésion aux mesures n'existe plus."

Et le vice-président de Febelhair de conclure : "Nous sommes dépités, tous nos efforts sont réduits à néant. La solidarité plaidée par le gouvernement est inexistante et nous sommes d'ores et déjà en mesure de douter des “perspectives” annoncées pour le 26 avril. Il suffit de regarder autour de soi… rien ne change depuis le 26 mars, les mêmes vieilles mauvaises recettes sont à nouveau appliquées."

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