Réforme des pensions
Que peut-on retenir d'un départ brouillon ?

Le gouvernement Michel (2014-2019) a profondément modifié les règles en matière de retraite : recul de l'âge de départ, début d'alignement entre indépendants et salariés, ainsi que hausse des pensions minimales. La réforme est restée inachevée car le système "à points", scandinave et objectif, n'a pas pu passer.

Karine Lalieux (PS), ministre des Pensions depuis près d'un an, doit terminer le travail. Le cahier des charges est de trouver un système juste, efficace et pérenne. Juste, car il doit mettre fin aux privilèges et garantir un montant de pension en lien avec les années de travail et les cotisations versées. Efficace, car il doit permettre à toutes les personnes âgées de vivre dignement. Pérenne, car il doit rester payable malgré le vieillissement de la population.

La ministre Lalieux a sorti dans les médias un projet de réforme aussitôt critiqué de toutes parts. Il sera donc sérieusement retoqué, mais des lignes de force resteront.

Pour les indépendants, deux éléments très positifs sont sur la table. Le premier est l'octroi d'une pension minimale de 1.500 euros net en 2024, pour une carrière complète de quarante-cinq ans. C'est une mesure qui concerne peu de fonctionnaires et de salariés. En revanche, le calcul du montant pour les indépendants a été écrasé jusqu'en 2020 inclus par un coefficient de 0,66 qui les a presque tous condamnés à toucher le minimum.

Le second élément positif est la possibilité de prendre sa retraite à partir de 60 ans, à condition d'avoir travaillé au moins quarante-deux ans. C'est positif pour les indépendants qui ont commencé leur carrière jeunes, dans des métiers physiques. Après quarante-deux ans de travail, les personnes qui ne décrochent pas auraient un bonus de pension qui pourrait atteindre 150 euros par mois.

Questions et déceptions

La réforme proposée est-elle payable ? De l'avis général, non. Porter la pension minimum à 1.500 euros net, plus les bonus, d'ici 2024, n'est guère compatible avec la situation dégradée des finances publiques. C'est d'autant plus vrai que l'accès à la pension minimale pour les salariés serait facilité : le travail à deux tiers temps serait assimilé à un temps plein et il suffirait de dix années actives pour entrer dans le régime.

Karine Lalieux ne revient pas sur le recul de l'âge pivot à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030, mais ne propose aucune économie, même pas sur les privilèges de certains fonctionnaires.

Il manque d'ailleurs, dans le plan déposé, une volonté d'harmonisation des régimes ou en tout cas de transparence qui facilite les carrières mixtes.

Pensions complémentaires

Une menace est écartée : il n'est plus question de taxer davantage les réserves constituées en pensions complémentaires. La seule nouveauté serait de garantir à chaque salarié un supplément. Un montant équivalent à au moins 3 % de son salaire devrait être capitalisé.

C'est sage, à condition que ces 3 % soient défiscalisés et ne viennent pas brutalement alourdir le coût du travail. S'ils sont à charge des employeurs, ils devront être imputés sur les marges disponibles pour les augmentations de salaire.

 

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