Sanction du vol à l'étalage
Une procédure simple pour punir les délinquants

Ne crions pas victoire trop vite, mais les vols à l'étalage vont peut-être, enfin, être sanctionnés. Les policiers peuvent, depuis le 1er janvier, infliger une amende sur-le-champ aux chapardeurs pris en flagrant délit.

Les commerçants se plaignent depuis très longtemps, et à raison, de la quasi-impunité dont bénéficient les voleurs en magasin. Beaucoup de victimes ont d'ailleurs renoncé à prévenir la police et à porter plainte. S'ils récupèrent le bien dérobé, c'est bon. Inutile de perdre du temps à dénoncer un fait s'il n'y a aucune suite. Le parquet ne se décide à poursuivre les coupables que s'ils sont multirécidivistes.

Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), a pris une initiative qui pourrait changer la situation. Il instaure la "transaction immédiate". Pris sur le fait, le voleur sera invité à payer en liquide ou par carte bancaire une amende d'un montant allant de 50 à 350 euros selon la valeur de l'objet dérobé. Comme pour une infraction au code de la route, s'il s'acquitte de la somme, on en reste là. Le dossier est clôturé, mais quand même enregistré par la Justice. S'il ne paie pas dans les quinze jours, le vol est signalé au parquet qui peut renvoyer l'auteur en correctionnelle.

La "transaction immédiate" a été imaginée au début de l'épidémie, pour sanctionner le non-respect des règles sanitaires (refus de porter le masque, réunion à plusieurs…). Le gouvernement a estimé que si toutes les infractions étaient signalées aux parquets, ceux-ci seraient noyés et ne puniraient finalement plus personne. Et ça a marché ! Dans la plupart des cas, les personnes prises en défaut ont payé. Seuls les récalcitrants ont dû être amenés devant un tribunal.

Démarrage en douceur

Vincent Van Quickenborne a donc élargi cette procédure particulière aux vols de vélo, et depuis le 1er janvier au port d'armes blanches interdites, à la consommation de drogue en public (festivals…) et au vol à l'étalage. En pratique, il faut évidemment neutraliser le voleur. Le policier remplit un formulaire de constatation très simple. Si la personne reconnaît les faits, elle peut éviter les ennuis en versant une "amende". Si l'objet est de peu de valeur, il n'y a rien à payer : c'est bizarre, mais c'est ainsi. Si le préjudice est entre 25 et 50 euros, le montant de la transaction est de 50 euros. Le tarif monte jusqu'à 350 euros si l'objet a une valeur de 300 à 500 euros. Au-delà, il faut rédiger un procès-verbal à envoyer au parquet.

La possibilité de transaction immédiate existe depuis le 1er janvier. Mais si ni les commerçants ni les policiers ne sont au courant, ça ne change pas grand-chose… Pour modifier les habitudes, le ministre de la Justice a décidé de mener une action-pilote à Courtrai et à Wavre. Le système y est testé et une première évaluation est prévue le 27 janvier.

Un espoir, enfin

Le vol en magasin est un fléau. En vitesse de croisière, il coûte environ 500 millions d'euros par an aux commerçants en Belgique. Avant la pandémie, ceux-ci déposaient environ 5.400 plaintes par an. Ce n'est évidemment que la partie émergée de l'iceberg. Selon un rapport parlementaire, seuls 28 % des dossiers arrivent effectivement devant un juge, qui prononce dans 93 % des cas une condamnation, le plus souvent à une amende.

L'idée de désengorger les tribunaux et de sanctionner automatiquement les flagrants délits, sur le modèle des infractions routières, n'est pas neuve. Depuis plusieurs années, UCM réclame l'instauration en Belgique du modèle néerlandais d'amende forfaitaire et libératoire. Le montant est de 180 euros, perçu par une société de recouvrement et partiellement ristourné au commerçant victime.

La transaction immédiate de Van Quickenborne est une déclinaison du système qui, aux Pays-Bas, a fait ses preuves. Les voleurs paient dans 75 % des cas et le nombre de délits a reculé.

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