Tourisme d'affaires : l'incertitude, encore…

Après les pénibles périodes de confinement, le secteur des séminaires, congrès et teambuildings s'était redressé. En septembre dernier, la rentrée fut même faste. Mais un mois plus tard, la quatrième vague du coronavirus a semé le désarroi. Une fois de plus.

Jean-Christophe de Wasseige

"Une reprise a eu lieu en septembre, après les grandes vacances. On l'a clairement ressentie. Au sein de maintes entreprises clientes, les salariés ne s'étaient plus vus depuis longtemps. Certains étaient dans l'incertitude ; d'autres dans la frustration. Une mise à plat des problèmes et une remotivation étaient donc nécessaires. D'où une forte demande pour les réunions de brainstorming (réflexion) ou de coaching (guidance)." Telle était la situation dans le tourisme d'affaires voici quelques semaines, décrite par plusieurs acteurs wallons du secteur.

Cette courte reprise a fait du bien. Ce secteur Mice – l'acronyme anglais pour "meetings, incentives, conferences, exhibitions" – a été assez durement touché par la crise du coronavirus et les diverses mesures qui ont limité les rassemblements depuis mars 2020. Durant les périodes de télétravail, le recours aux formations, séminaires, teambuildings ou congrès a forcément été restreint. Les pires mois, la demande a chuté de 80 % voire plus…

Chez WBT, on espère que la spécialité de la Wallonie – le séminaire au vert – persistera après la crise Covid. Ici, le château de Courrière.
© Les Scouts asbl/Jean-François De Locht

"Cette période de septembre et octobre a été soutenue, confirme Pino Frau, chef du département Mice au sein de Wallonie Belgique Tourisme, l'organisme de promotion du sud du pays. Il y a eu, de la part des entreprises clientes et de leurs salariés, une envie de reprendre une série d'activités en présentiel. Pour l'industrie du tourisme d'affaires que nous aidons, cela a prouvé que ce type de manifestations gardait de l'attrait. Et aussi que la spécificité de la Wallonie en ce domaine, à savoir les réunions au vert dans des cadres naturels ou historiques, avait toujours la cote."

Mais un bémol est tout aussitôt évoqué : la quatrième vague du Covid. Depuis le début novembre, le nombre de contaminations est reparti à la hausse en Belgique, comme dans d'autres pays européens. En réaction, de nouvelles restrictions ont été imposées le 17 novembre puis le 26 : télétravail obligatoire durant quatre puis trois jours par semaine ; tables de maximum six pour la restauration ; masques, Covid Safe Ticket (CST) et places assises pour les événements à l'intérieur ; masques, CST et distanciation sociale pour les événements à l'extérieur ; masques et CST pour les foires et salons. Cela a forcément refroidi les envies et les possibilités de se regrouper. "Depuis la fin octobre, on sent que les clients restent très prudents, constate Thibault De Coninck, coordinateur Mice à la Province de Hainaut. D'autant qu'avec l'arrivée de l'hiver, la plupart des activités ne peuvent plus se tenir à l'extérieur. Or, être dehors constituait une barrière naturelle supplémentaire contre le virus. On peut donc dire que le secteur n'en a pas fini avec ce coronavirus…"

Dans certains domaines, comme les teambuildings et les congrès, la situation s'est même nettement dégradée en novembre. Les annulations ont commencé à s'enchaîner, plongeant les opérateurs dans la perplexité voire le découragement… C'est que l'événementiel est, à chaque reprise de l'épidémie, un des premiers secteurs à être touchés, avec la culture, les discothèques ou l'horeca. Qui dit télétravail obligatoire dit teambuilding en berne.

Bref, le secteur Mice va connaître une fin 2021 et un début 2022 précaires. Tout dépendra de la durée de cette quatrième vague. Une chose est sûre : retrouver le niveau de commandes de 2019, avant le coronavirus, n'est pas pour tout de suite. Peut-être pour mars ou juin de l'an prochain ? Telles sont quelques dates avancées par certains opérateurs. Les rares qui se risquent encore à émettre un pronostic…

Tendances récentes

1. Les désistements

Les gestionnaires de centre de congrès sont sans cesse questionnés sur les possibilités d'annulation en cas de regain du virus. Ici, Louvexpo.
© CGT/Vincent Ferooz

Si les demandes pour l'organisation d'un séminaire, d'un congrès ou d'un teambuilding semblent revenir dès que la situation sanitaire s'améliore, elles s'accompagnent néanmoins de beaucoup de précautions. C'est ce qu'explique Bernard Pays, le directeur de Louvexpo, le centre de congrès de La Louvière (6.000 m²). "Une question revient constamment de la part des dirigeants désireux de tenir un événement chez nous : “Est-il possible d'annuler, si un cluster de contamination apparaît dans l'entreprise ?” Nous avons bien été obligés de prendre en compte cette préoccupation récurrente. C'est pourquoi nous n'appliquons plus la clause d'annulation prévue initialement dans nos contrats. Nous ne voulons pas imposer des pénalités, des frais supplémentaires à ces locataires qui prennent déjà suffisamment de risques." Cette facilité d'annulation n'est proposée ni par tous les opérateurs, ni tout le temps. Elle a surtout été adoptée lors des premières vagues, parce que le virus était un fait nouveau, impondérable. Ensuite, lors du déconfinement de juin 2021, certains l'ont gardée et d'autres l'ont abandonnée, arguant que "il arrive un moment où il faut faire un choix entre contenter la clientèle et retrouver une rentabilité correcte pour son propre business."

2. Les petits groupes

Par crainte d'un cluster, les réunions et teambuildings d'entreprises se font davantage en petits groupes.
© BGStock72/AdobeStock

Toujours par peur de favoriser un cluster, les entreprises clientes ont désormais tendance à privilégier les petites réunions. "Les rassemblements de masse ont moins la cote, en tout cas en matière de teambuildings, confirme Damien Mayart, le fondateur de New Dimension, une firme spécialisée dans les événements d'entreprises. Ils sont jugés trop risqués." Les demandes se concentrent sur les Escape Games, ces jeux où les participants sont entre cinq et quinze. Ceux-ci sont enfermés dans un lieu et ils doivent résoudre ensemble des énigmes pour sortir. Cette mode, venue du Japon, s'est généralisée chez nous à partir de 2015. Son attrait s'est encore renforcé ces derniers temps. "Cette activité est très demandée parce qu'elle permet d'impliquer tous les participants et qu'elle les oblige à collaborer. C'est précisément ce que veulent les directions. Celles-ci entendent absolument avoir un retour sur leur dépense. Le temps des teambuildings festifs est dépassé. Ce basculement remonte déjà à la crise financière de 2008." D'autres intervenants soulignent un corollaire : si les commandes valent pour de petits groupes, elles tombent également de plus en plus tard. Résultat : les opérateurs doivent réagir vite s'ils veulent décrocher le contrat et encore plus vite pour organiser l'événement.

3. Les réunions virtuelles

Depuis la crise Covid, le recours aux conférences avec retransmission sur internet est devenu de plus en plus régulier. Ici, BluePoint à Liège.
© BluePoint Liège

C'est sans doute l'évolution la plus visible. Pour survivre à l'ère du télétravail, le tourisme d'affaires a bien été obligé de se mettre, à son tour, au virtuel. C'est-à-dire de remplacer les séminaires par des webinaires, les réunions par des visioconférences, voire carrément les congrès par des tables rondes captées en vidéo. En matière de teambuilings, certains y ont recours, tandis que d'autres ne le proposent guère, l'interaction en présentiel ayant, ici, plus d'importance. "En 2019, il n'y avait quasiment aucune demande pour les conférences digitales, se souvient Benoît De Smedt, manager de BluePoint Liège, un centre d'affaires appartenant à la fédération technologique Agoria mais ouvert à tous. Aujourd'hui, elles se sont multipliées de façon exponentielle. Pour suivre ce mouvement, nous nous sommes dotés d'une régie audiovisuelle et nous avons mis en place différentes formules. Les réunions hybrides rassemblent des personnes en présentiel et d'autres à distance via PC. Les conférences 100 % virtuelles, elles, ne réunissent que des intervenants sur une scène où ils sont filmés. La diffusion se fait soit via les plateformes telles que Teams, Zoom ou Google Meet si le nombre de participants est limité, soit via un site internet créé spécialement si la manifestation est de grande ampleur." Ce mode virtuel a quelques avantages. Il fait gagner du temps aux participants, qui peuvent s'épargner un déplacement. Il permet de capter des personnes qui, autrement, n'auraient jamais participé à l'assemblée. Enfin, il évite de devoir annuler en dernière minute en cas de mauvaise situation sanitaire. Pour toutes ces raisons, le digital risque bien de perdurer. Du moins à moyen terme.

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