Marco Van Hees

Député du PTB
24/10/18

Le Parti du travail de Belgique est né en 1979. Il a végété jusqu'en 2014, quand ses 251.289 électeurs lui ont permis de décrocher deux sièges à la Chambre : pour Raoul Hedebouw (Liège) et Marco Van Hees (Hainaut). Celui-ci a 54 ans. Il est licencié en sciences politiques et fonctionnaire aux Finances. Il a écrit six livres politiques. Le 14 octobre dernier, le nombre d'élus locaux du PTB est passé de 15 à 114.

 

Indépendants et PME,
victimes du grand capital

Le PTB marxiste intègre la "classe moyenne" dans sa réflexion. Le parti se pose en défenseur des indépendants et petites PME face aux grandes entreprises. Marco Van Hees avance un argument fort : la défense du pouvoir d'achat, donc des salaires et de la sécurité sociale.

Thierry Evens

Le secteur privé est incapable de garantir l'approvisionnement en électricité.
  • - Le programme sur le site web du PTB ne parle pas des indépendants. Ce n'est pas votre public ?

    - C'est un document de 2014. Nous travaillons à une nouvelle version pour 2019 où il sera question des "classes moyennes". Elles font partie de notre analyse marxiste de la société. Nous avons une contradiction classique entre capital et travail. Pour les petites PME, la contradiction est davantage avec les grandes entreprises, dont la force économique est écrasante.

  • - Il y a une lutte des classes entre les indépendants/PME et les grandes entreprises ?

    - On pourrait dire ça, oui. Et ce que nous constatons, c'est que les gouvernements successifs – celui-ci comme les précédents – ont un discours pro-PME qui est un vernis, et une politique dictée par le lobby des grandes entreprises. Voyez la réforme de l'impôt des sociétés. La baisse est de 5 % pour le taux réduit PME et de 9 % pour le taux normal. Les petites entreprises ne bénéficient que de 2,5 % du coût de la réforme. Je sais que les gros bénéfices ne sont pas chez elles, mais quand même ! J'ai d'autres exemples : les intérêts notionnels, les déductions pour revenus de brevets, l'immunisation des dividendes, les revenus définitivement taxés, etc.

  • - Vous êtes favorables à l'initiative privée ?

    - Oui. Elle est utile et même indispensable à la société. Nous voulons faciliter la vie des entrepreneurs, mais pas au détriment des salariés et de la sécurité sociale. Il faut garantir le pouvoir d'achat. C'est vital pour toutes les PME qui n'exportent pas, ou qui le font peu.

  • - Les charges patronales ont été trop réduites ?

    - Je le pense. En tout cas, cela n'a pas été fait de la bonne manière. Nous plaidons pour une progressivité des cotisations en fonction de la taille de l'entreprise. Il faut imposer une solidarité du même type que dans l'impôt des personnes physiques : les épaules les plus larges doivent porter les charges les plus lourdes.

  • - Pour les personnes physiques, quel pourcentage peut-on prélever ?

    - Nous souhaitons une progressivité plus faible, pour augmenter le pouvoir d'achat des personnes à moyens et bas revenus, qui consomment tout ce qu'elles gagnent. Il me semble équitable de prélever 50 % au taux moyen, pas au taux marginal, sur les revenus les plus élevés. Étant entendu que tous les revenus doivent être globalisés.

  • - Vous voulez nationaliser les grands secteurs ?

    - D'abord l'énergie. Le privé est incapable de garantir un prix raisonnable et même l'approvisionnement. Nous voulons aussi un secteur bancaire public ou en tout cas une banque publique. Elle doit être un outil pour orienter la politique économique, par exemple donner un accès privilégié au crédit pour les PME qui investissent dans l'environnement ou dans l'emploi des personnes discriminées.

  • - Thunder Power veut créer des centaines d'emplois à Gosselies pour construire ses voitures, mais au départ d'un holding situé aux îles Vierges britanniques. On dit oui ou non ?

    - Question difficile ! Ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi ils veulent passer par un paradis fiscal. C'est par rapport à la Belgique ou à la Chine ? Parce que la fiscalité n'est pas un critère si important dans les implantations des multinationales. Il n'arrive qu'en cinquième ou sixième position dans le choix d'un pays. Avant de s'inquiéter des impôts à payer, il faut dégager des bénéfices et ça, c'est une question de marché, d'infrastructures, de qualité de main-d'œuvre, etc.

  • - À propos de main-d'œuvre, les pénuries sont un fantasme patronal ?

    - Il y a une part de vérité. Mais je constate que l'offre faite aux travailleurs sans emploi reste globalement très insuffisante. Beaucoup d'entreprises cherchent des gens bon marché et bien formés, sans vouloir mettre la main à la pâte. C'est compliqué. Puis il y a la question salariale. De plus en plus de salariés ont besoin d'une aide du CPAS : c'est un problème qui fait partie du dossier pénurie.

  • - Vous voulez une présence syndicale dans les PME ?

    - Oui, c'est normal. Les travailleurs doivent pouvoir s'organiser et se défendre. Pourquoi un patron qui emploie vingt personnes refuserait-il ? Je sais qu'il y a un coût administratif. C'est pourquoi nous envisageons un service public d'aide aux PME. Il pourrait les aider à aller chercher des subsides, à remplir leurs obligations et notamment l'organisation d'une présence syndicale.

  • - Bloquer un zoning, cela fait partie du droit de grève ?

    - Le rapport de force entre un grand patron et ses travailleurs est favorable au premier. Les seconds doivent avoir des moyens de défense et la grève en fait partie. Bloquer la porte d'une usine ou un zoning, c'est la même chose.

  • - Vous souhaitez la régularisation des sans-papiers. Au risque de dégrader les conditions de travail ?

    - C'est l'existence d'une main-d'œuvre illégale qui menace notre modèle social et fausse la concurrence. C'est pour ça que nous voulons des papiers pour tout le monde. Je ne crois pas au risque d'un appel d'air. L'Europe reste une forteresse très difficile d'accès.

    Communistes, mais sans modèle

  • - Votre meilleur résultat provincial le 14 octobre est 13,4 % à Liège. C'est suffisant ?

    - Notre parti existe depuis très longtemps et n'a jamais fait des scores pareils. Nous en sommes très contents. Nos idées avancent. Les gens sont demandeurs de justice sociale et d'éthique politique.

  • - Que pensez-vous de l'idée d'un cordon sanitaire autour du PTB ?

    - Cela me choque. Le Vlaams Belang prône le racisme, la haine, la division. Nous sommes l'inverse : nous voulons la solidarité, l'épanouissement social...

  • - Mais la lutte des classes est un concept violent !

    - Elle existe, cette lutte des classes. C'est une réalité. Depuis les enfants mineurs qui travaillaient dans les mines, il en a fallu des combats sociaux !

  • - Les vraies réformes passent par la rue, pas par les parlements ?

    - C'est notre analyse, oui. Le rapport de force se matérialise à un moment donné au niveau législatif. Il ne se crée pas dans les débats parlementaires, mais par les mouvements populaires. Le monde politique reste un monde fermé, avec très peu d'ouvriers, où les gens sont bien payés et donc déconnectés de la réalité. C'est trop facile de prendre des mesures qui font mal quand on n'en sent pas les effets.

  • - Vous êtes marxiste. Et communiste ?

    - Marxiste, communiste, c'est la même chose. Nous faisons une analyse de classe de la société qui montre les limites du capitalisme. Il donne le pouvoir économique, et donc en grande partie politique, à une toute petite minorité de la population. Celle-ci cherche son profit, pas l'intérêt général.

  • - Les régimes communistes ont tous échoué.

    - Nous n'avons aucun modèle. Nous voulons un socialisme 2.0 adapté à la Belgique. Nous n'avons de vrais contacts qu'avec d'autres partis européens dits de gauche radicale, comme Podemos en Espagne ou Die Linke en Allemagne.

  • - Votre modèle suppose une profonde révision des traités européens...

    - C'est exact. Nous sommes favorables à une intégration européenne mais elle doit se faire dans l'intérêt de la population. Ce n'est pas le cas avec les traités actuels d'austérité. La politique européenne a été jusqu'à présent dictée par les grands industriels et les multinationales.

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