Maxime Prévot

Président du CDH
11/02/19

À 40 ans, Maxime Prévot a déjà un brillant parcours politique. Formé en sciences politiques et en technologies de la communication, il a travaillé pour la société d'audit PricewaterhouseCoopers. Ancien animateur louveteaux et arbitre de football, il s'engage au CDH et deviendra en 2004, à 26 ans, directeur politique du parti !

Il est échevin en 2006, député fédéral en 2007, chef de groupe au Parlement wallon en 2009, bourgmestre de Namur en 2012, ministre régional des Travaux publics et de la Santé en 2014. En octobre 2018, il est réélu bourgmestre de Namur avec 12.285 voix de préférence ! Le 26 janvier 2019, une assemblée du CDH le choisit comme successeur de Benoît Lutgen à la présidence du parti avec 85 % des suffrages.

Un parti trop lisse n'accroche plus personne.

Au CDH, nous sommes des faiseurs de solutions

Être centriste et humaniste, ce n'est pas être mou. Le nouveau président veut un parti qui n'a pas peur de déplaire, mais qui reste pragmatique et constructif.

Thierry Evens

  • - Avez-vous été surpris par la démission de Benoît Lutgen ?

    - Il m'avait mis dans la confidence. Avant de poser cet acte, il voulait avoir la certitude que je serais candidat à sa succession. Non pas que je sois un homme providentiel. Non pas que j'étais le seul à pouvoir reprendre les rênes du parti ; ce serait bien présomptueux. Mais il voulait s'assurer qu'il n'y aurait pas de période d'instabilité, un vide anxiogène à quelques mois d'une triple élection stratégique. Je lui ai confirmé que je serais candidat à la présidence. Il a donc pu, en toute quiétude, poser un acte qu'il considérait – avec humilité et lucidité – comme susceptible de redynamiser le CDH, de créer un nouvel élan en vue des échéances à venir.

  • - Ne reprenez-vous pas un parti qui doute, au vu des sondages ?

    - Je ne pratique pas la politique de l'autruche. Je ne vais pas vous dire que le CDH est au zénith de sa forme. Mais nous sommes encore et toujours une force de proposition et d'action, bien au-delà de l'image parfois renvoyée par les médias. Je tiens à rappeler que nous sommes le troisième parti dans l'espace francophone. Nous avons fait la démonstration de cette force aux élections communales et provinciales d'octobre : plus de mille mandataires, plus de 150 majorités, près de 70 bourgmestres. Tout comme l'air ne fait pas la chanson, je vais m'employer à démontrer que les sondages ne font pas les élections.

  • - Vous avez annoncé des positionnements plus forts. Qu'est-ce que ça veut dire ?

    - Le CDH a dans son ADN le sens des responsabilités, le souci de la nuance. Personne ne doute de notre capacité à être à la fois de bons gestionnaires et des visionnaires. Mais l'expression médiatique ne valorise plus la nuance et le sérieux. C'est l'époque du buzz, de l'immédiateté, de l'agressivité verbale. Et donc, nous devons repenser notre communication pour être plus tranchés, plus affirmatifs. À force d'être raisonnables et pragmatiques, nous avons semblé trop mous. Un parti politique doit être fier de ses convictions et les exprimer avec passion, même si cela déplaît à certains. À être trop lisse, on n'accroche plus personne. Le temps est venu d'affirmer sans fard nos valeurs.

  • - Par exemple ?

    - Je crois beaucoup au sens de l'effort. Il faut arrêter de pointer un doigt accusateur ou jaloux envers ceux qui ont réussi parce qu'ils ont entrepris. Notre pays culpabilise les gens audacieux, au lieu d'admirer leurs résultats : une création de richesses et d'emplois qui profite à tout le monde.

  • - C'est un virage à droite ?

    - Je laisse le soin aux uns et aux autres de me catégoriser où ils le souhaitent. J'ai une vraie fibre sociale, mais je suis pour l'accompagnement et pas pour l'assistanat. Je considère que notre réseau de "petits" indépendants et de PME est le principal moteur de notre économie et que ces acteurs méritent d'être respectés. On écoute ceux qui dénoncent, de façon parfois excessive, des situations sociales difficiles. On prête moins l'oreille aux problèmes que rencontrent les entrepreneurs dans leur quotidien. J'en fréquente beaucoup et je mesure les aberrations législatives auxquelles ils sont confrontés. Mon souhait, comme président du CDH, est de mieux traquer les complexités qui entravent l'activité économique.

  • - Comme ministre wallon déjà, vous vouliez être le "Jiminy Cricket" du gouvernement en faveur des entrepreneurs...

    - C'est vrai. Quand le PS a voulu imposer la semaine de quatre jours sans perte de salaire, j'ai mis le holà. Excusez-moi, mais je ne comprends pas qu'un parti qui se dit responsable formule ce genre de proposition. Notre compétitivité est déjà handicapée par le coût exorbitant de la main-d'œuvre et les entreprises devraient payer cinq jours des gens qui en travaillent quatre ! Cela ne servirait en rien la cause de l'emploi.

    Alliance MR-CDH, pourquoi changer ?

  • - Le changement d'alliance de 2017 à la Région wallonne était donc une bonne chose ?

    - C'était devenu indispensable. Si le CDH avait choisi la facilité et le confort de gestion, il n'aurait pas provoqué cette rupture. Ainsi, il aurait été complaisant, voire complice de pratiques de mal gouvernance. Nous avons entendu l'indignation des citoyens et des entrepreneurs. Je pense que ce changement était attendu après trente années de domination socialiste sur la Wallonie. Le PS compte des hommes et des femmes de grande qualité – j'ai apprécié travailler avec Paul Magnette – mais il était utile d'offrir une respiration à la Région. Le gouvernement MR-CDH n'a pas chômé. En moins de deux ans, il a fait sauter des verrous. Une dynamique est enclenchée : celles et ceux qui ont l'esprit d'entreprendre peuvent mieux l'exprimer et le mettre en œuvre.

  • - Pour une alliance future, vous êtes donc plus à l'aise avec le MR qu'avec le PS ?

    - Je ne vais pas regarder le scrutin de 2019 avec les lunettes de 2017. Si le CDH a la capacité de mettre en œuvre son programme, y compris le soutien au tissu économique des PME, plusieurs partenaires sont possibles. Mais a priori, je n'ai aucune raison de considérer que l'équipe en place devrait être changée.

  • - Sur quelles priorités allez-vous faire campagne ?

    - Un thème qui m'est cher est la santé. C'est notre bien le plus précieux. Un indépendant ou un patron d'entreprise qui a des ennuis de santé se trouve aujourd'hui dans une situation trop difficile. C'est un élément d'attention. L'enjeu de la pension est aussi important. Rien ne peut justifier le différentiel existant entre les montants de pension des indépendants et des salariés.

  • - Vous voulez introduire la proportionnalité aussi pour les indépendants ?

    - Voilà ! Notre modèle social doit mieux soutenir celles et ceux qui ont généré une plus-value matérielle et sociétale pendant leur carrière. Une autre priorité est de réduire les charges sur le travail. Nous devons créer un vrai différentiel entre les bas salaires et les allocations sociales sans charger les entrepreneurs de coûts abominables qui font que même pour engager un apprenti, c'est la croix et la bannière.

  • - Quelle est la plus-value du CDH pour les indépendants et les chefs de PME ?

    - Ce qui fait la différence est que nous sommes très soutenants pour la dynamique entrepreneuriale, sans jamais considérer qu'elle doive écraser certaines personnes. Comme humanistes, nous pensons que le pouvoir d'achat est important, mais aussi la qualité de vie, la capacité de concilier vies professionnelle et familiale. Nous ne sommes pas dans le "tout à l'argent", "tout au capital". Nous ne sommes pas non plus dans la caricature du patron exploiteur et irrespectueux de son personnel. C'est bien mal connaître la réalité de nos petites entreprises.

  • - Pour soutenir le pouvoir d'achat, il faut diminuer l'impôt des personnes physiques ?

    - Idéalement oui. Mais vous savez qu'une marque de fabrique du CDH est de ne pas promettre qu'on va raser gratis. Nous devons être attentifs aux finances publiques. Nous ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens. Or, nous devons aussi repenser notre fiscalité pour assurer le virage numérique et le virage climatique. Nous devons trouver la meilleure équation possible pour dynamiser notre économie et améliorer la qualité de vie de chacun, avec des finances publiques saines.

Les PME sont en première ligne face au défi climatique.
  • - Le climat et l'environnement seront des thèmes majeurs de la campagne...

    - ... et les entreprises sont en première ligne pour répondre à ces défis. Nous devons compter sur un réseau de start-up, d'indépendants, de chercheurs, de PME qui développent chaque jour des solutions innovantes pour enrayer les pollutions et les émissions de CO2. Nous réussirons la transition écologique si nous l'appuyons sur une transition économique.

  • - Le C du CDH ne veut plus dire "centre", mais "citoyens". Vous restez centriste ?

    - Je voulais que le nom du parti fasse référence aux gens, pas à une posture politique désincarnée. Mais je me revendique centriste. Notre société a besoin d'un parti avec une forte capacité d'action qui a deux jambes : volontariste pour le développement économique et fraternel envers ceux qui travaillent. Tout patron d'entreprise sait qu'un bon climat social est le meilleur adjuvant de ses bons résultats. Le MR et le PS sont des partis clivants. Nous prétendons, avec bon sens et fierté, faire la synthèse.

  • - Avec Défi et Écolo, il y a du monde au centre...

    - Pour moi, le problème d'Écolo est un excès de dogmatisme et une trop grande facilité à inventer des taxes. Il n'y a pas que l'environnement qui soit important. Quant à Défi, on les entend beaucoup parler, on les voit moins agir.

  • - Si vous aviez été président en 2014, vous auriez laissé le MR seul parti francophone au gouvernement fédéral ?

    - Je n'en sais rien. Ça ne sert à rien de refaire l'Histoire.

  • - La présence du CDH, qui était possible, n'aurait pas amélioré le bilan de la législature ?

    - La présence du CDH améliore toujours les résultats d'un exécutif parce que nous sommes des faiseurs de solutions. Peut-être pourrons-nous en faire demain la démonstration dans un nouvel attelage fédéral.

  • - Pour vous, quel est le bilan du gouvernement Michel ?

    Maxime Prévot interviewé par Thierry Evens

    - Je ne suis pas un homme de caricature. Tout ce qui a été fait n'est pas à jeter. Il y a des avancées socio-économiques que nous avons soutenues depuis l'opposition. Il y a des manques : une réforme fiscale incomplète, des aménagements de fin de carrière encore à faire... Mais mon principal reproche, c'est d'avoir exacerbé les tensions sociales, parfois davantage par le comportement que par les actes posés.

    Oser le débat sur les migrations

  • - Le pacte de l'ONU sur les migrations valait une crise ?

    - Je le pense. L'humaniste que je suis est convaincu qu'il faut oser aborder la question des flux migratoires et se fixer une ligne de conduite. Le droit d'asile ne peut pas être remis en cause. Au-delà, nous avons en Belgique la capacité de tendre la main à des personnes en détresse, mais dans quelles limites ? C'est un débat qui vit en Flandre, malgré certains excès. Dans l'espace francophone, quand on évoque la nécessité d'un équilibre, on est tout de suite stigmatisé. Il me semble juste et responsable d'ouvrir un débat sans tabou.

  • - C'est pour ça que vous avez plaidé pour le respect des valeurs judéo-chrétiennes ?

    - J'ai dit que personne ne peut être forcé à renier l'héritage judéo-chrétien de la vieille Europe. Ce n'est pas lui qui doit guider l'action publique. L'Église et l'État sont séparés. Mais si nous devons respecter les autres cultes et philosophies, il est utile de rappeler que nos valeurs méritent aussi le respect.

  • - La politique n'inspire plus confiance. En êtes-vous inquiet ?

    - Il y a une crise de légitimité des hommes et femmes politiques. C'est regrettable. Pour le vivre, je sais que la plupart s'engagent avec passion et conviction. Vous savez, si la première chose que je recherchais était la qualité de vie, j'aurais arrêté depuis longtemps. Je viens du privé et j'y retournerai. Je ne ferai pas de la politique toute ma vie. Mais tant que l'enthousiasme est là, je continuerai...

  • - Comment changer le regard des gens ?

    - D'abord, il faut balayer devant sa porte. Il y a eu des comportements scandaleux qui ont jeté l'opprobre sur tous. Mais tous les responsables politiques ne sont pas des crapules ! Pas plus que tous les chômeurs ne sont des fainéants ou tous les patrons avides d'argent. Nous devons apprendre à nous respecter dans notre société et cela passe par l'éducation. Le CDH est convaincu que seule l'éducation peut tirer tout le monde vers le haut.

  • - Vous serez candidat à la Chambre, mais vous resterez bourgmestre de Namur ?

    - J'ai toujours été totalement transparent. Le mandat auquel je suis le plus attaché est celui de bourgmestre. C'est pour ça que j'ai démissionné du gouvernement wallon ; il y avait incompatibilité. Bourgmestre et président de parti, c'est possible. Je me présente au scrutin fédéral parce qu'il serait incompréhensible que le porte-drapeau du parti ne soit pas en première ligne du combat pour nos idées et nos valeurs. Je vais à la Chambre parce que, dans notre pays, c'est là qu'on retrouve les principaux présidents de parti et c'est donc là que les contacts se nouent, souvent en coulisses, pour trouver des solutions, en particulier entre francophones et néerlandophones.

Contexte

CDH

Revenir dans la cour des grands

Depuis sa création en 2002, le CDH s'effrite. En 2014, il n'a plus rallié que 15 % des Wallons et 12 % des Bruxellois. Les sondages annoncent une nouvelle perte, ce qui condamnerait le parti à être, au mieux, une force d'appoint. On l'a déjà dit "scotché" au PS ou au MR.

Le nouveau président a davantage d'ambition. Il veut remettre sa formation au centre du jeu politique, avec un rôle de force motrice et de proposition. Les militants y croient. Reste à convaincre les électeurs. À Bruxelles en particulier, où la concurrence est rude, il faudra travailler !

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