La Fabi, organisation membre UCM
Les ingénieurs face à la pénurie

La fédération des ingénieurs civils, agronomes et bioingénieurs redouble d'inventivité pour lutter contre la pénurie de profils qui touche de nombreux secteurs.

Clément Dormal

Promouvoir et valoriser les métiers de l'ingénieur, relayer les informations et favoriser les échanges. Voici en quelques mots les principales missions de la Fabi, la Fédération royale d'associations belges d'ingénieurs civils, d'ingénieurs agronomes et de bioingénieurs. Représentant environ 7.000 ingénieurs, elle est leur porte-parole auprès des instances académiques, économiques et politiques tant régionales que fédérales. En pratique, la fédération rassemble des alumni (diplômés) issus des différentes facultés d'ingénieurs francophones.

Guillaume Dewispelaere avec la présidente Anne Fievez.

"Sa mission principale est clairement de valoriser et de rendre attractifs nos métiers", explique Guillaume Dewispelaere, vice-président. Un objectif d'autant plus essentiel que le nombre d'étudiants inscrits actuellement dans la filière ne suffira pas à répondre aux besoins criants des entreprises. "Les deux années de Covid n'ont pas aidé. C'est déjà un challenge de commencer des études d'ingénieur quand on est préparé, qu'on a eu l'occasion d'aller à la découverte des métiers et des gens qui l'exercent. Il est probable que les jeunes qui ont été forcés d'apprendre à distance avant d'entamer leur cursus ont été davantage inquiets. Mais il y a d'autres facteurs. Notamment une responsabilité des universités et de la fédération de se montrer un peu plus modernes et dans l'air du temps." Exit donc l'image de l'ingénieur obligé de construire une usine ou de travailler pour une multinationale. L'accent est aujourd'hui mis sur le secteur médical, les questions environnementales et les nombreux autres défis liés aux transitions vers un monde plus juste, plus durable et plus responsable.

Toucher les plus jeunes

Certaines initiatives entendent démystifier la profession auprès des jeunes. C'est le cas du compagnonnage à la Faculté polytechnique de l'UMons, pendant lequel un étudiant de bachelier accompagne à plusieurs reprises un ingénieur en activité pour choisir sa finalité professionnelle en connaissance de cause. Ce duo a été transposé depuis quelques années en une version "junior" : un étudiant ingénieur retourne dans son école secondaire pour échanger avec les élèves et les inviter, accompagnés de leurs parents, à des moments d'échange organisés pour découvrir les aspects concrets et la diversité des métiers de l'ingénieur.

Une attention toute particulière est accordée à la promotion de la profession auprès des filles, qui représentent environ 20 % seulement des étudiants dans les filières des sciences de l'ingénieur et technologies. C'est dans cette optique que la Fabi participe à une coalition d'entreprises encourageant les filles à s'intéresser aux sciences. À l'occasion de la journée internationale des femmes et des filles de science le 11 février dernier, des écoles ont par exemple été invitées au SparkOH! de Frameries, un parc de découvertes scientifiques, pour prendre part à divers ateliers et expériences. Les élèves étaient accompagnés d'influenceurs TikTok chargés de promouvoir l'événement auprès d'une cible assez jeune. "Nous sommes persuadés qu'il est trop tard pour motiver les filles dans le courant de leur dernière année d'enseignement secondaire. On vise donc plutôt une population de 12 à 16 ans." Cette sensibilisation passe également par la collaboration avec d'autres fédérations comme Agoria (industrie technologique), Essenscia (industrie chimique & sciences de la vie), Embuild (construction), ou plus récemment WorldSkills (promotion des métiers techniques, technologiques et scientifiques).

En parallèle, la Fabi joue un rôle de lobbying et se charge de recueillir et de partager les informations qui pourraient concerner les ingénieurs. En 2021, le Service public de Wallonie (SPW) l'a ainsi contactée pour trouver des ingénieurs capables d'évaluer les dégâts après les inondations. De nombreux professionnels ont ainsi pu déterminer quels bâtiments avaient été structurellement endommagés. Cette demande a été renouvelée très récemment dans le cadre du tremblement de terre en Turquie : la Fabi a mis en contact ses membres avec la fédération des ingénieurs turcs afin de leur proposer de l'aide. Peu avant la pandémie, elle s'était aussi positionnée comme interlocutrice pour objectiver le débat sur la transition énergétique dans notre pays. "Ce sont des discussions qui basculent très vite dans l'idéologie. On avait donc préparé un rapport neutre sur la situation en présentant plusieurs scénarios. Nous avons participé par la suite à des débats pour recontextualiser certaines données avancées par les politiciens, et ce peu importe leur couleur politique. Notre valeur ajoutée est l'objectivité."

Les ingénieurs ont une responsabilité et un impact vis-à-vis des enjeux de société. Reste qu'il peut être parfois difficile de trouver une posture commune entre des métiers aux réalités extrêmement variées. "On souhaite favoriser un maximum les échanges. D'où la création de groupes de travail intersectoriels : on s'y demande ce que les ingénieurs de domaines différents peuvent avoir en commun sur la question de la transition énergétique par exemple. Ce qui met tout le monde d'accord, c'est qu'il y a une pénurie d'ingénieurs partout et pour tout. Il est donc urgent de convaincre les jeunes."

[ fabi.be }

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