L'ABAJP, organisation professionnelle membre UCM
Les architectes de la nature

L'Association belge des architectes de jardins et architectes paysagistes (ABAJP) plaide pour la reconnaissance des professions et pour une meilleure intégration de ces compétences dans le paysage urbain.

Isabelle Morgante

C'est en 1930, à Anvers, que naît une Association belge des architectes de jardins. Elle sera reconnue officiellement cinq ans plus tard. En 1972, l'organisation est rebaptisée Association belge des architectes de jardins et des architectes paysagistes. Dans la foulée sont créées des chambres francophone et néerlandophone autonomes, structures entérinées par le Conseil d'État en 1996.

Didier Moray, président de l'ABAJP, plaide pour une reconnaissance de la profession et son intégration dans le processus d'aménagement d'espaces publics et privés.

À l'heure actuelle, l'ABAJP compte près de 120 professionnels et Didier Moray en est le président national. Il gère depuis une dizaine d'années le parc régional de Séroule (12 hectares), un des poumons verts de Verviers. "Notre métier, au fil du temps, a considérablement évolué ; la nature et les jardins aussi. Le jardin fait maintenant partie des nombreux paysages que nous croisons au quotidien et doit apporter une qualité de vie. Tout est paysage, qu'il soit naturel, organisé ou maîtrisé."

Confinement oblige, le besoin de prendre l'air a été ressenti comme une priorité par de nombreux Belges, encaqués pour certains dans des habitats sans balcon ni jardin. Pour le président, "ces espaces d'oxygène doivent donc être envisagés de manière intégrée et dessinés en collaboration avec d'autres professions." Nous y reviendrons.

Les architectes paysagistes ont un rôle de premier plan à jouer dans l'aménagement des espaces de vie de l'homme. L'ABAJP défend les intérêts de ces professionnels et favorise les échanges d'expériences entre tous les membres. Affiliée chez UCM, l'association est également membre de l'International Federation of Landscape Architects (IFLA) aux niveaux européen et mondial, synonyme de sésame pour des marchés internationaux.

Visibilité

Le métier est inscrit dans l'avenir, la reconnaissance du savoir-faire fait partie de la démarche, que ce soit en aménagements publics ou privés. "Les professionnels du paysage contribuent à cette évolution et ils sont dorénavant incontournables. Dans son ouvrage “L'année du jardinier”, publié en 1929, l'auteur tchécoslovaque Karel Čapek écrivait : “Il faut donner à la terre plus qu'on ne lui en prend.” À l'aube de la troisième révolution écologique, ces mots ont bien plus de sens que jamais", explique Didier Moray.

Et d'ajouter : "Les consultations, dans le cadre des procédures de marchés publics, sont parfois encore trop frileuses. Notre profession est souvent reléguée à la mise en œuvre des plantations, mais notre métier ne se limite pas à cela."

Et c'est là où le moteur grippe. Car la profession d'architecte de jardins comme paysagiste n'est pas suffisamment reconnue. "Un espace public s'envisage différemment qu'il y a vingt ans car la nature change, mais aussi les habitudes de ses utilisateurs. Il s'agit d'un travail collaboratif, dans lequel interviennent les professions de sociologue, urbaniste et paysagiste. C'est notre métier qui rassemble les notes et les informations de chacun pour ensuite jouer la partition musicale. Plus que jamais, nous plaidons pour la collaboration et la coordination des projets. L'appropriation et les codes participatifs à l'élaboration d'un projet sont essentiels."

L'architecte de jardins et du paysage, lorsqu'il entame un projet, va d'abord établir un diagnostic, puis s'imprégner des lieux par une analyse précise et aboutir à une première programmation d'organisation de l'espace. Il proposera une esquisse, base de travail du projet final. C'est une mission qui demande une capacité de projection et beaucoup de patience, puisque par définition, il faudra laisser le temps aux arbres de pousser et à la végétation de s'installer. Ce sur quoi Didier Moray ironise : "Nous plantons aujourd'hui des arbres dont on ne verra peut-être même pas l'évolution."

Et le professionnel de conclure : "La nature souffre du réchauffement climatique, cela nous oblige à revoir les essences ornementales et indigènes utilisées dans nos projets, mais aussi notre manière de travailler. Pour moi, le mot “nature” doit être utilisé avec beaucoup de nuances."

[ abajp.be }

Architecte de jardins, c'est un métier rigoureux, de communication, social et scientifique. Des compétences qui doivent être renforcées d'une sensibilité à l'environnement.

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