L'accord du gouvernement De Croo
Coup d'œil en cuisine

Comment, seize mois après les élections, un accord politique a-t-il été possible, entre sept partis qui ont peu de points communs ? Une explication majeure est la fin de la discipline budgétaire. La crise du Covid est survenue à un moment où l'argent ne coûte rien puisque les taux d'intérêt sont parfois négatifs. La Banque centrale européenne a reçu le feu vert pour financer les plans de relance et les États peuvent opérer des investissements productifs sans se soucier de leurs déficits.

C'est ce relâchement qui permet au gouvernement De Croo non seulement de passer au bleu les dépenses extraordinaires consenties depuis mars, mais d'annoncer en plus 3,5 milliards de dépenses pour des politiques nouvelles d'ici 2024, "sans impôts nouveaux". Avec une précision à la fois prudente et inquiétante : "sauf nécessité budgétaire." Le laxisme européen ne durera peut-être pas, et en tout cas pas si les taux d'intérêt repartent à la hausse…

Le passage de saint Nicolas a permis un accord entre sept partis, mais les divergences demeurent. La synthèse n'est pas faite en ce qui concerne le marché du travail. Un objectif étrange est fixé : un taux d'emploi de 80 % en 2030, soit six ans après la dissolution du gouvernement ! De plus, le "papy-boom" réduit la population active et le taux d'emploi remonte donc tout seul.

Acceptons la volonté de continuer à créer des emplois. Comment ? On sent dans la déclaration la juxtaposition de thèses différentes. La loi de 1996 sur la compétitivité est maintenue. Les obligations de formation doivent augmenter, mais avec des exceptions PME. Les rémunérations alternatives (chèques-repas, écochèques, voitures de société…) sont dans le collimateur. Finalement, faute de vision cohérente, le dossier de la modernisation du marché du travail est en grande partie renvoyé aux partenaires sociaux. Qui ont peu de chances de s'en sortir seuls. Le syndicat FGTB a montré ces dernières années une radicale opposition aux changements.

La difficulté à concilier les points de vue se remarque aussi dans le projet de réforme fiscale, ou "tax shift 2, le retour". L'intention est d'alléger la charge sur le travail et de la déplacer vers les comportements nuisibles à l'environnement. Vite dit, pas vite fait !

L'évolution du statut social des indépendants n'est pas claire. Les pensions vont augmenter, c'est sûr, mais quand et comment ? Il est question d'une hausse des cotisations, d'un rapprochement avec le statut salarié, mais sans précisions.

Un mot, enfin, du communautaire. Au frigo depuis 2014, il y reste mais la coalition va réfléchir à une réforme de l'État en 2024. C'est nécessaire. D'ici là, elle va jouer la collaboration avec les entités fédérées. Avec Bruxelles et la Wallonie, ça pourrait aller. Avec la Flandre et son ministre-président N-VA, bonne chance !

Le casting

La répartition des compétences et la personnalité des responsables pèsent autant sur la politique menée que les intentions de départ. Le casting est, du point de vue UCM, plutôt favorable.

Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), est rassurant sur la question des impôts, moins sur l'attention portée aux très petites entreprises. Un secrétaire d'État, David Clarinval (MR), est toutefois affecté aux indépendants et PME. L'existence de ce poste est une garantie en soi.

Les vice-premiers ministres Pierre-Yves Dermagne (PS, Emploi et Travail) et Georges Gilkinet (Écolo, Mobilité) sont bien connus d'UCM. Ce sont des personnes à l'écoute des entrepreneurs. Aux Affaires sociales, le revenant Frank Vandenbroucke (SP.A) est un sage.

Pour les autres compétences qui concernent directement les indépendants et PME, il faudra tisser des liens avec Vincent Van Peteghem (CD&V, Finances), Eva De Blecker (Open VLD, Budget) et Karine Lalieux (PS, Pensions).

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