Le pays à l'arrêt, UCM en mouvement

Jeudi 12 mars, 22 heures. La Belgique retient son souffle devant les écrans de télévision. Sophie Wilmès, Première ministre en affaires courantes, annonce que le lendemain à minuit, la vie va changer ! Celle des entreprises aussi.

Clarisse Ramakers. Dès le début de la crise, avec toute son équipe, la directrice du service d'étude et de lobbying UCM a été sur le front.

On y était préparés… Comme on peut être préparés à la tempête… Depuis l'après-midi, les conseillers UCM étaient en contact avec les cabinets ministériels. Des mesures allaient être prises, mais de quelle ampleur ? Puis c'est devenu clair : les écoles devaient fermer, les salariés devaient télétravailler, les employeurs s'organiser, les commerces non alimentaires n'ouvrir qu'en semaine… Décision irrévocable.

Le sentiment d'impuissance était réel. Et pourtant, il fallait réagir. Vite et bien. Dès la fin de la conférence de presse, les téléphones sonnent. Quelles sont les mesures prioritaires ? Quels moyens dégage-t-on ? La nuit est courte. La priorité, c'est d'être rapide et concret. Un filet de sécurité. Pas d'usine à gaz. Et très vite, un slogan qui accompagnera toutes les propositions UCM : "No cash in, no cash out."

La dernière réunion physique aura lieu le vendredi 13 mars en fin de journée chez la Première ministre avec les premiers impactés : les représentants des cafés et restaurants qui doivent tout simplement fermer. À cet instant, ils étaient les seuls à devoir s'arrêter. Sans préavis. Sans pouvoir liquider les frigos remplis avant le week-end. L'ambiance était glaciale. Comment faire face à une telle situation ?

Il faut permettre à chacun de finir le mois. La sécurité sociale existe pour ça, alimentée par les cotisations des indépendants et des dirigeants d'entreprise. Il fallait donc que chaque entrepreneur impacté par les mesures sanitaires puisse bénéficier du droit passerelle. À la sortie de la réunion avec la Première ministre, le travail d'UCM est de convaincre le ministre des Indépendants, Denis Ducarme, que ce droit doit être automatique pour tous les secteurs qui doivent fermer, totalement ou partiellement. La discussion est rude. La peur des effets d'aubaine existe. UCM insiste : il n'y a pas d'autre solution que l'automaticité. Dans les heures qui suivent, l'idée passe. Les arguments sont entendus. Pour les employeurs, après quelques jours, le chômage temporaire pour force majeure devient automatique.

Sur tous les fronts

Le besoin d'information est énorme. Dans les 24 heures, c'est une véritable solidarité qui s'organise, qui mêle public et privé. UCM met une conseillère à disposition du 1890. L'objectif est simple : aider les entrepreneurs à respecter les mesures. Les diriger vers les aides auxquelles ils peuvent prétendre. Tous les moyens de communication sont utilisés : whatsapp, messenger, SMS, mails… Chaque conseiller UCM est chez soi, en télétravail, et pourtant l'énergie collective est puissante. Et avec, cette envie d'aider ceux qui entreprennent, qui prennent des risques, à traverser et dépasser cette crise. Les heures d'ouverture des bureaux UCM sont étendues. Les conseillers d'un service viennent en renfort d'un autre service.

Après le fédéral, c'est aux régions qu'il faut s'adresser. Le droit passerelle ne sera pas suffisant. Budgétairement, il faut être prudent. Les simulations occupent une grande partie de la journée du 14 mars et une proposition émerge : les Régions doivent faire le même effort que le fédéral pour les entrepreneurs qui demandent le droit passerelle. Malheureusement, UCM ne sera pas entendue. Chacune des Régions préférera faire un effort plus important (5.000 euros en Wallonie, 4.000 euros à Bruxelles) pour moins d'entrepreneurs…

Au fil des jours, le combat pour les entrepreneurs continue. Cette crise sanitaire est aussi économique et génère des peurs, des angoisses… Comme chaque crise, elle permet aussi au meilleur de se révéler. Chez UCM, nous sommes restés indépendants et unis. Solidaires.

Un tsunami de demandes à traiter

Seul groupe de services francophone, UCM compte plus de 80.000 clients indépendants à sa caisse d'assurances sociales et environ 35.000 employeurs à son secrétariat social. Dès l'annonce du confinement le jeudi 12 mars, il a fallu mobiliser toutes les énergies pour répondre aux besoins de ces milliers d'entrepreneurs.

Il fallait d'abord permettre au personnel UCM de télétravailler. Le service informatique a renforcé en urgence le réseau existant pour permettre à 450 personnes de travailler de chez elles dès le vendredi, 740 le lundi suivant ! Un exploit technique…

13 mars à Wierde : des collaborateurs UCM, tous services confondus, apportent leur aide aux équipes du secrétariat social.

En même temps, des employés volontaires de différents services, tels l'accueil clients ou le guichet d'entreprises mis en veilleuse, ont suivi des formations accélérées pour renforcer les effectifs "front line". La caisse d'assurances sociales a ouvert une ligne téléphonique spéciale (081/32.97.05) : quarante personnes, en roulement, prenaient les appels. Dès le vendredi 13 mars, 2.250 indépendants ont formé ce numéro et 2.140 ont reçu une réponse. Le nombre d'appels perdus s'est limité à 110 unités. Le service a été assuré le samedi et le dimanche, pendant le temps de midi et jusqu'à 19 heures.

De son côté, le secrétariat social est aussi resté sur le pont pendant tout le premier week-end de confinement pour encoder 6.000 demandes de chômage temporaire.

Dans la boîte générale info@ucm.be, 11.000 mails sont arrivés en trois jours. Sur l'adresse directe de la caisse d'assurances sociales, où tombent d'habitude 350 mails par jour, sont parvenus jusqu'à 500 mails à l'heure ! Tous ces messages doivent être analysés et traités par les gestionnaires. Au milieu de la première semaine de confinement, le retard a culminé à 4.000 mails en attente, soit l'équivalent d'un peu plus d'une journée de crise.

Sur le site ucm.be, une liste des FAQ (questions les plus fréquentes) a été mise en ligne dès le 13 mars, puis complétée et actualisée en permanence. Cela répondait à un besoin. Le nombre de pages vues a été multiplié par 11,5 par rapport à la même période de 2019.

Résultats concrets

Le personnel UCM, dans son ensemble, a démontré son engagement envers les indépendants et les PME. Il n'a pas ménagé ses efforts et cela s'est traduit dans la rapidité d'octroi du droit passerelle. Les 172 premiers versements sont partis le 24 mars. Huit jours plus tard, le 3 avril, 17,6 millions d'euros avaient été versés à 12.451 personnes. Plus de 3.000 virements partaient chaque jour, encodés par une équipe spéciale de 80 personnes, alors que la plupart des caisses concurrentes n'avaient pas encore payé un seul euro.

La trêve

La crise politique est entre parenthèses. Le gouvernement en affaires courantes MR, CD&V, Open VLD a reçu l'appui extérieur des partis socialistes, écologistes et du CDH. Il a même été doté de "pouvoirs spéciaux" afin d'être en capacité, sur certains points, de court-circuiter le Parlement et ainsi prendre des décisions très rapides.
Les extrémistes du Vlaams Belang et du PTB, tout comme la N-VA, sont restés en dehors de cette mini union nationale.

Le soutien extérieur au gouvernement est limité à la lutte contre le coronavirus. À l'été se reposera la question de trouver une coalition. Problème : il faudra gérer un déficit abyssal. Dès lors, si les sondages indiquent que les partis qui ont pris leurs responsabilités en sont récompensés, les élections deviendront très probables.

Communes

La Région wallonne appelle les communes à suspendre et/ou réduire leurs taxes pesant sur l'activité économique. Un budget de quatre millions d'euros sera réparti en compensation, mais la circulaire aux pouvoirs locaux les invite à aller au-delà de ce montant. Elle garantit d'ailleurs que les éventuels dérapages des budgets 2020 liés aux efforts de soutien aux indépendants et PME ne seront pas sanctionnés par la tutelle.

UCM a donc écrit à chacune des 262 communes wallonnes pour demander au moins l'exonération des taxes et redevances durant toute la durée du confinement. La même lettre a été envoyée aux dix-neuf communes bruxelloises, elles aussi invitées par leur Région à participer à l'effort des pouvoirs publics pour favoriser la reprise des activités.

La N-VA, tel un coq sans tête

Le titre ci-dessus est emprunté au quotidien flamand De Morgen, qui parle de "déchéance" pour le parti nationaliste, qui a fait honte à la Belgique.

La N-VA a voulu profiter de la crise pour forcer les francophones à former un gouvernement d'urgence sous sa direction. Refus unanime, non seulement au sud du pays, mais aussi dans les partis démocratiques flamands. Tous ont préféré appuyer de l'extérieur le gouvernement Wilmès en affaires courantes. "C'est une coronadictature" a commenté Theo Francken, que l'on pensait plus fin connaisseur du concept de dictature.

Son président Bart De Wever, également bourgmestre d'Anvers, dans son souci de se démarquer, s'est montré incohérent. Il a commencé par refuser d'interdire les spectacles avant de réclamer un couvre-feu à 22 heures. Il a critiqué les décisions du Conseil de sécurité dont un des principaux acteurs est le ministre-président flamand Jan Jambon, N-VA !

Au Parlement européen, le Fonds de solidarité coronavirus a été approuvé par 683 voix. Cinq élus ne l'ont pas voté : deux d'extrême droite et les trois de la N-VA. Motif ? Une part trop importante des fonds destinés à la Belgique ira à la Wallonie. Cette justification ne vaut pas un clou. Les moyens sont affectés selon une clé de répartition approuvée de longue date et changer la donne aurait pris des années.

Sur ce dossier, la N-VA a cependant retrouvé sa cohérence puisque le gouvernement flamand a refusé que la Belgique donne son aval au plan au Conseil des ministres. Vingt-six pays sur vingt-sept ont donc validé le Fonds de solidarité. D'où le mot "honte" utilisé par certains journalistes flamands.

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