Mischaël Modrikamen

Président du Parti populaire (PP)
22/10/18

Très médiatisé en tant que défenseur des actionnaires de Fortis en 2008, Mischäel Modrikamen (52 ans aujourd'hui, avocat) a lancé dans la foulée le Parti populaire. Sa formation a obtenu 84.005 voix en 2010, 102.581 en 2014, avec un élu à la Chambre. Les scores réalisés au tout récent scrutin local sont faibles. Le vrai test aura lieu en mai prochain. Y a-t-il une place en Belgique francophone pour un parti de droite radicale ?

Un programme populiste et libéral

Fondé en 2009, le Parti populaire n'a pas percé dans l'électorat francophone. La droite radicale qu'il incarne gagne pourtant du terrain en Europe. Son président, Mischaël Modrikamen, se dit handicapé par un boycott médiatique mais reste optimiste, malgré un programme "non chiffré".

Thierry Evens

Réinvestir dans le nucléaire est indispensable.
  • - Quel bilan tirez-vous des élections du 14 octobre ?

    - Mitigé. Nous sommes partis de rien ou presque. Nous avions 800 candidats sur près de 80 listes. Nous avons onze élus. Mais dans les provinces, nous ne dépassons pas 3 ou 4 % alors que nous en espérions au moins 6. Nous sommes handicapés par le comportement de la presse belge francophone, qui est unique en Europe. Nulle part, les médias ne traitent de la sorte un mouvement populiste émergent comme le nôtre. La RTBF et RTL violent complètement leurs obligations légales.

  • - Comment expliquez-vous cette attitude ?

    - La presse et les partis traditionnels forment une sorte d'écosystème qui s'auto-protège. Depuis que j'ai rejoint l'organisation populiste de Steve Bannon (ancien conseiller de Donald Trump, NDLR), j'ai donné à peu près 70 interviews à la presse mondiale. Les Japonais, les Australiens sont venus, le New York Times trois fois. Les seuls qui ne sont pas informés de ce qui se passe, ce sont les Wallons. Voilà pourquoi, même après un scandale comme Publifin, ce sont encore les socialistes qui gagnent. Le PS, le CDH et le MR ont des pratiques mafieuses. Ils ont piqué du pognon avec Publifin. Certains devraient être en prison. On m'empêche de le dire.

  • - La justice ne fait pas son travail ?

    - Je ne dis pas ça. C'est le système que je mets en cause.

  • - Vous n'êtes pas découragé ?

    - Le nombre de membres augmente et approche des 5.000. Nous avons près de 90.000 followers sur les médias sociaux. Grâce au travail des militants, nous allons chercher 6, 7 ou 10 % des voix. Si la démocratie fonctionnait normalement, nous pourrions doubler ou tripler nos scores. Je suis comme un boxeur sur le ring avec un boulet au pied et une main attachée dans le dos. Mais je suis toujours debout !

  • - Votre modèle, c'est la N-VA ?

    - C'est un parti de rupture à vocation gouvernementale, comme nous. Je me sens très proche aussi de l'UDC suisse ou de Matteo Salvini (ministre de l'Intérieur italien de la Ligue Nord, NDLR).

  • - Le Rassemblement national de Marine Le Pen ?

    - Moins. Il donne trop de place à l'État. Nous sommes beaucoup plus libéraux.

  • - En fiscalité, vous voulez plafonner l'impôt à 35 % mais globaliser les revenus. Cela va faire mal aux gens qui ont un peu de patrimoine...

    - Les revenus étaient globalisés en Belgique jusqu'au début des années 60. Nous souhaitons y revenir avec un prélèvement à peine supérieur au précompte mobilier actuel. Au-delà de 35 %, l'impôt est confiscatoire. Nous voulons un système plus simple, plus compréhensible et plus juste aussi pour les sociétés : 15 % pour tout le monde, des plus petits aux plus grands, sans aucune niche. J'ajoute que nous refusons tout impôt sur le capital, y compris sur les héritages.

  • - Vous voulez aussi zéro cotisation patronale sur les trois premiers emplois...

    - Le MR a repris notre idée pour l'appliquer au premier emploi. Et ça marche ! La mesure doit être étendue, y compris pour les emplois existants.

  • - Vous voulez réduire la TVA de 2 % pour les circuits courts. C'est faisable ?

    - Je pense que oui. Le principe est clair : favoriser l'activité locale. Cela peut se faire aussi par des zones franches, par exemple dans les centres-villes, pour y ramener de la vie.

  • - Vous voulez augmenter les "petites" pensions de 100 euros par mois. Et établir une proportionnalité pour les indépendants ?

    - Oui. Le système actuel est injuste. Avec 1.180 euros maximum par mois, un retraité indépendant peut juste survivre. S'il doit payer un loyer, il bascule dans la pauvreté.

  • - Vous avez mesuré l'impact budgétaire de toutes ces mesures ?

    - Très franchement, non. Nous n'avons pas les outils pour le faire. Nous compenserons par des réductions de dépenses. Notre programme est beaucoup plus libéral que celui du MR quant au rôle de l'État. Il doit se concentrer sur ses missions de base (sécurité, éducation, infrastructures...) et laisser vivre les gens et les entreprises. Je vous dis comme juriste que 90 % des lois en Belgique sont parfaitement inutiles. Repartons d'une page blanche pour les subsides et tout le fatras de subventions existantes. Coupons déjà les 600 millions d'euros d'aides indirectes à la presse.

    L'état de la Wallonie est catastrophique

  • - Êtes-vous préoccupé par les pénuries de main-d'œuvre ?

    - L'État doit créer les conditions, à coups de pied au cul s'il le faut, pour que les gens s'insèrent sur le marché du travail. C'est insupportable de voir des tire-au-flanc profiter du système. Je sais qu'il y a des inadaptés sociaux, il faut faire avec. Notre proposition est qu'au moins les chômeurs de longue durée doivent travailler douze heures par semaine. Cela se fait ailleurs, notamment aux Pays-Bas.

  • - Les autorités sont trop laxistes ?

    - Il faut bousculer les Wallons. L'état de la Wallonie est catastrophique ! Une personne sur quatre en âge de travailler ne fait rien, ou alors au noir. L'enseignement est mauvais malgré des dépenses faramineuses. La mobilité est nulle dans les grandes villes. Le délabrement de la Justice est hallucinant. Et la gouvernance ! Regardez ces centaines d'intercommunales. Sans parler de l'énergie. La Belgique a construit des centrales électriques partout dans le monde au temps de Tractebel et là, on se demande comment on va passer l'hiver !

  • - Vous voulez réinvestir dans le nucléaire ?

    - Prolonger les centrales est indispensable. Faire croire qu'on peut les fermer en 2025, c'est prendre les gens pour des cons. Il existe des installations de quatrième génération. Les Finlandais en construisent de petites qui brûlent, sans risque, les déchets actuels. Nous devrions suivre cette voie mais tout le monde, sauf la N-VA, se plie au dogmatisme aberrant des Verts. L'éolien, avec son impact sur le paysage, ses tonnes de béton dans le sol et sa faible rentabilité, n'est pas une solution. Nous sommes en train de perdre des milliers d'emplois parce que le coût de l'énergie explose dans notre pays. Et s'il y a un blackout, je n'ose pas imaginer la perte de crédibilité du pays. Ce serait terrible.

  • - Vous voulez que les gens travaillent mais vous proposez aux femmes qui accouchent un an et demi de congé avec 1.000 euros par mois...

    - Une politique nataliste est nécessaire. Une civilisation qui ne fait plus d'enfants meurt ; d'autres viennent les faire pour vous. Nous devons donner aux femmes belges et résidentes la possibilité d'élever leurs enfants, de pallier le manque de crèches, avec un revenu assuré et le maintien de tous les droits sociaux. Au bout de leur congé, elles doivent pouvoir retrouver leur emploi, avec la flexibilité nécessaire.

  • - Est-ce que le Parti populaire pourrait exister sans vous ?

    - Ce parti, je l'ai fondé. Je lui ai insufflé son ADN. Les premières années ont été difficiles, comme c'est le cas pour tous les partis de rupture. Au bout de presque dix ans, nous avons 120 cadres, des élus, des personnalités charismatiques qui ont à présent du bagage politique et l'expérience de campagnes électorales. La structure qui se développe est telle que la pérennité du mouvement est assurée même si, aujourd'hui, j'assure toujours la cohérence.

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