Pierre-Frédéric Nyst élu président UCM pour quatre ans

Président UCM
25/06/20

Pierre-Frédéric Nyst (52 ans) est avocat aux barreaux de Namur et du Luxembourg, spécialisé en fiscalité et droit des affaires. Il est l'auteur de plusieurs publications et gérant du cabinet d'avocats Nyst & Lejeune. Il est aussi amateur de tennis et père de famille.
Administrateur UCM depuis 1999, il a été président de la province de Namur avant d'être appelé en 2017 à terminer le mandat de Philippe Godfroid. Il représente les indépendants et PME francophones au "Groupe des dix", sur le banc patronal, aux côtés de la FEB, du Boerenbond et d'Unizo, le pendant néerlandophone d'UCM.

Nous sommes respectés, parfois nous gênons

En 2017, Philippe Godfroid remettait son mandat de président UCM entre les mains du conseil d'administration. Pierre-Frédéric Nyst a été choisi pour le remplacer. Il vient à nouveau d'obtenir la confiance des administrateurs pour les quatre ans à venir.

Thierry Evens

  • - En juin 2017, vous devenez président, au moment où le CDH débranche la prise des gouvernements régionaux. Le MR remplace le PS dans les majorités. C'était agité…

    - Et parfois comique. Un vendredi de juillet, j'ai un long entretien avec le ministre fédéral des Indépendants et des PME, Willy Borsus. Le lundi suivant, il était ministre-président wallon ! Son successeur Denis Ducarme a dû aussitôt gérer la crise du Fipronil et des œufs contaminés. Nous avons beaucoup discuté avec lui et imaginé des mesures d'urgence, comme les reports de cotisations, qui nous ont servi en mars dernier.

  • - Fin 2017, UCM conteste certains points de la réforme de l'impôt des sociétés…

    - En effet. L'obligation de se rémunérer à hauteur de 45.000 euros au lieu de 36.000 n'a pas plu aux entrepreneurs francophones. Pour beaucoup, le gros allègement annoncé devenait infime. Nous l'avons dit. Seuls. Et la réaction de la majorité et du MR a été violente. En audition à la Chambre, on nous a traités de communistes ! C'était dur mais ça n'a pas été vain puisque le texte a été corrigé : ceux qui n'atteignent pas les 45.000 euros n'ont pas le taux réduit, mais pas non plus de pénalité.

  • - En mai 2019, nouveau temps fort : les élections !

    - Nous avons sorti un mémorandum avec 250 mesures concrètes pour soutenir l'entrepreneuriat. Impressionnant ! Et utile ! Les déclarations de politique régionale, à Bruxelles comme en Wallonie, s'inspirent de nos propositions. Sur la simplification administrative, c'est presque un copier-coller. Dès la formation des gouvernements, nous avons fait le tour des ministres dont les compétences concernent les indépendants et PME. Nous avons eu des discussions parfois difficiles, mais toujours constructives. Il n'y a que Christie Morreale, en charge de l'emploi en Wallonie, qui ne nous a pas encore reçus.

  • - Comment sont les relations entre UCM et le monde politique ?

    - Nous sommes respectés, entendus mais pas toujours suivis. Et là, nous devenons gênants. Les ministres n'aiment pas la critique et quand on met le doigt sur une faille ou une erreur, c'est mal reçu même si la correction suit. Nous sommes apolitiques et donc sans complaisance. Après, il faut l'assumer. Quand on prend de la place, on prend des coups.

  • - Les indépendants et les PME ne manifestent pas et ne se mettent pas en grève. Quelles sont vos armes ?

    - Nous sommes présents dans tous les organes d'avis ou de décision socio-économiques, y compris au "Groupe des dix", le sommet de la concertation sociale. Nous avons un message pertinent, basé sur l'expertise de notre groupe social, le seul francophone. Nos positionnements sont définis par des administrateurs qui sont des chefs d'entreprise, avec l'appui des quarante fédérations professionnelles qui nous font confiance. Nous avons un service d'études capable d'exprimer nos priorités dans des notes qui sont parfois comme des petits missiles. Enfin, nous avons des outils de communication et une présence médiatique forte qui nous permettent de valoriser l'entrepreneuriat et de diffuser nos prises de position.

  • - La vie d'UCM a été bouleversée par le coronavirus…

    - C'est le moins qu'on puisse dire ! Le groupe entier a dû se mobiliser pour soutenir les employeurs et les indépendants. Sur le front politique, nous avons mené un lobbying intense dès le mois de mars pour obtenir des mesures de soutien efficaces. Nous négocions toujours pied à pied la prolongation ou l'amélioration des décisions prises. L'image qui me vient est celle d'un coup de fouet. C'est brutal, ça fait très mal et ça laisse des traces. Oui, il y aura des cessations, des faillites et des licenciements. Mais j'ai confiance dans nos entrepreneurs. Je vois que beaucoup d'entre eux ont réagi, ont innové, ont repensé leur activité. Dans un an ou deux, nous pouvons retrouver le niveau d'activité de ce début 2020.

  • - Tout sera comme avant ?

    - Ah non, certainement pas ! Le recours massif au télétravail et l'utilisation du web, notamment par les commerçants, sont deux phénomènes qui laisseront des traces durables. Personne ne pourra plus voir les voitures de société ou les espaces de bureaux comme avant. Dans l'administration et les échanges commerciaux, le papier est obsolète. Je crois aussi que les consommateurs comme les entrepreneurs sont à présent mûrs pour la proximité, l'achat local, le réseau régional.

  • - L'avenir politique du pays vous inquiète ?

    - Oui. Autant je pense que l'économie va se remettre, autant la politique fédérale me stresse. Les thèses régionalistes s'imposent en Flandre, mais chez nous aussi. Les Bruxellois et les Wallons sont coincés. Tout ce qui est unitaire est dominé par les Flamands ! L'autonomie est une alternative très difficile et pénible. Notre situation économique ne nous permet pas de financer notre mode de fonctionnement. Il faudra saquer dans les dépenses et dans la fonction publique.

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