Benoît Drèze - groupe Step

entrepreneuriat social

D'abord les mains, ensuite la tête

14/02/20

Atypique : voilà comment qualifier Benoît Drèze. Ce passionné de politique est un précurseur de l'entrepreneuriat social via le groupe Step, qui occupe 260 travailleurs et forme 500 stagiaires par an.

Isabelle Morgante

Les années glissent sur ses épaules. À 62 ans et avec plusieurs vies à son actif – politique, entrepreneuriale et familiale –, il a l'allure fine et juvénile, l'esprit enthousiaste, même si depuis presque deux ans, ses centres d'intérêt ont évolué.

Personnage hybride dans le monde économico-politique liégeois, Benoît Drèze est à la tête de Step Group, un ensemble d'entreprises sociales dont le fil rouge est l'insertion de l'humain dans la vie d'aujourd'hui.

Triple casquette

Benoît Drèze est ingénieur industriel de formation mais la cause sociale est son ADN. Issu d'une famille au catholicisme éclairé, l'entrepreneur social est né à Pittsburgh (USA), à la faveur d'un poste de professeur d'économie occupé deux ans par son père. La famille vivra aussi à Chicago, où naîtra l'un des cinq garçons de la fratrie. L'élection de Donald Trump en 2017 a – entre autres – convaincu Benoît Drèze d'abandonner sa double nationalité. "J'ai été meurtri de vivre, en direct à la télévision, cette victoire qui sclérose le pays. Nous vivions aux États-Unis quand Luther King et Kennedy ont été assassinés, je n'ai que trop bien vécu le traumatisme national."

Les Drèze mènent une vie nomade, au gré des postes universitaires paternels, pour finalement prendre racine à Liège. "Je ne suis pas liégeois, quel que soit le prix, et certainement pas solidaire de tout et n'importe quoi. Mes parents nous ont donné une éducation très ouverte, curieuse des révolutions intellectuelles, dans un milieu chrétien à l'inverse des principes bornés de la religion." À 18 ans, Benoît prend conscience de la misère du monde et se tourne vers le social lorsqu'un reportage lui saute au visage, déchirant le cocon privilégié un tantinet bourgeois dans lequel il évolue.

"J'ai créé la première entreprise de formation, 1001 choses à faire, en 1983 après avoir côtoyé des jeunes touchés de plein fouet par le chômage. À 18 ans, ils n'avaient aucun métier dans les mains et la crise les éloignait dangereusement de l'emploi. La cause politique m'a rattrapée dès 1993. Entretemps, nous avions mis sur pied les premières entreprises Step Métiers et Step Conseil, pour les métiers de la construction, la couture, l'horeca et le nettoyage." À l'heure actuelle, le groupe se compose de Step Autonomies (services d'aide à la personne), Step Construction, Step Entreprendre (conseils à la création), Step Métiers (centre d'insertion professionnelle) et Step Services (titres-services).

Durant près de 30 ans, où il fut notamment député fédéral et wallon, Benoît Drèze jongle avec ses casquettes d'homme politique et d'entrepreneur. Un fragile équilibre entre vies professionnelle et privée s'installe. "La vie professionnelle est finalement plus simple à gérer puisqu'on sait déléguer et s'organiser pour être efficace. Et même si ma vie politique m'a occupé plus qu'à temps plein, je parvenais à consacrer quelques heures hebdomadaires à Step Group, permettant aussi la croissance de nos structures. Mon travail de terrain, au contact de la population, a nourri mes entreprises et inversement avec un même fil rouge : une société plus solidaire."

Rivé au perchoir wallon ou dans son bureau du quartier liégeois de Saint-Léonard, Benoît Drèze est peu présent dans son foyer. Père de quatre enfants d'une première union, il est aujourd'hui grand-père sept fois, remarié et père d'Élisa, six ans. "Je me réalise désormais au sein de Step Group et de ma famille. Pour la première fois depuis 35 ans, j'ai une vie quasi normale, après avoir forcé longtemps ma nature timide et introvertie pour affronter les électeurs et les autres politiciens. Aller vers les gens n'était guère chose aisée. Je m'occupe d'Élisa et j'ai des loisirs, notamment le trial side-car avec deux de mes grandes filles, de la lecture et du jardinage."

Repartir de zéro

Et son engagement pour les entreprises du groupe Step ? "Je tiens à rester le plus longtemps possible sans déranger. Si je deviens encombrant, je demande qu'on me le dise, c'est la raison pour laquelle je donne un maximum d'autonomie aux équipes. Je suis un ingénieur atypique, qui laisse beaucoup de place au social dans sa vie professionnelle. Ce nouveau chapitre de ma vie, là où je suis uniquement entrepreneur social, pourrait réconcilier mes compétences avec le monde exigeant de l'entreprise. J'ai, en tout cas, l'envie d'être utile. J'aime faire face, relever un défi et me battre pour gagner."

Aujourd'hui apaisé, Benoît Drèze a pourtant dû batailler ferme dans les années 80 pour imposer un modèle d'entrepreneuriat qui était novateur à l'époque (c'est dans les mœurs aujourd'hui). "Le secteur de la construction, qui est un milieu puissant, voyait d'un mauvais œil l'arrivée de nos structures, pensant que nous allions casser le marché. En réalité, nous avons mis une nouvelle offre à disposition et ouvert une niche. En travaillant sur de petits chantiers, en offrant un métier à des jeunes et en respectant les prix du marché, j'ai toujours dit que notre entreprise était loyale et légitime. Nous avons reçu la visite, à plusieurs occasions, de l'Inspection sociale et tous les avis ont été favorables."

Particulièrement touché par le manque, voire l'absence de qualification des jeunes, l'entrepreneur est intimement convaincu de la nécessaire remise en question de l'enseignement et de la place que doit prendre l'alternance dans le cursus des plus jeunes. "Le maternel occupe les mains puis la tête de l'enfant, ensuite le primaire arrête. C'est dramatique, il faut faire exactement l'inverse."

Quant à l'avenir de Step Group, il s'inscrit au travers de plusieurs projets : la volonté de réhabilitation du parc de loisirs "Les Prés de Tilff" au bord de l'Ourthe, en collaboration avec le promoteur Laurent Minguet (si le Conseil d'État leur donne raison) ; l'évolution de l'entité Créasol en Step Métiers où les activités se focalisent sur le centre de formation (300 stagiaires par an) ; enfin la construction d'une crèche (49 lits) ouverte aux enfants des stagiaires, les soucis de garde étant l'un des freins principaux à la formation des parents.

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Votre accompagnement UCM Secrétariat social

"Anticiper et bien s'informer"

Diplômé en ressources humaines, David Delneuville gère plusieurs dossiers Step Group au Secrétariat social UCM à Liège, qu'il a rejoint voici trois ans. Il maîtrise au quotidien un portefeuille de 430 salariés pour une centaine d'employeurs.

"Le groupe Step anticipe bien les choses, la personne de contact pose énormément de questions et veut toujours être au fait des dernières informations relatives au droit social. C'est un dossier très spécifique car quasi tous les travailleurs bénéficient d'un passeport APE. Cela demande des démarches complémentaires mais tout se passe bien. Les prestations sont également originales avec des horaires particuliers, c'est une gestion qui sort de l'ordinaire. Ce dossier demande pas mal d'interactions", résume le jeune homme.

Et de conclure : "L'employeur a les bons réflexes. Il anticipe, utilise le service juridique et n'attend jamais d'être au pied du mur. C'est très important d'être proactif et de se tenir informé en matière de gestion sociale."

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