Radiance 35

Urbaniste lumière

La juste lumière au juste endroit

22/06/20

Le bureau liégeois Radiance 35 crée la lumière qui habille, protège, embellit et dessine les contours de nos villes. Une approche multidisciplinaire pour Isabelle Corten.

Isabelle Morgante

Depuis quelques années, les métiers d'architecte et d'urbaniste ont intégré la lumière comme un élément intrinsèque de leur quotidien. Devenue objet de cohésion sociale ou de support à la création de couloirs écologiques, la lumière est aussi le terreau d'une certaine créativité que défend Radiance 35, le bureau créé par Isabelle Corten.

Bruxelloise de naissance, Isabelle Corten suit le parcours classique des architectes. Études à La Cambre puis collaborations dans plusieurs bureaux de la capitale, avant d'exercer un emploi liant urbanisme et architecture en matière publique.

C'est alors qu'elle signera ses premières études d'éclairage. "Cette matière était très nouvelle et peu étudiée à l'école. C'est dans ce cabinet que j'ai découvert le travail à faire pour une ville et l'aménagement d'espace public. J'en aime la dimension plurielle car la ville est un organisme vivant. C'est une grande responsabilité que de l'illuminer étant donné que nous construisons des projets avec l'argent public. Nous nous sentons redevables vis-à-vis du citoyen", résume la cheffe d'entreprise.

Déjà architecte, Isabelle Corten décroche un diplôme d'études en urbanisme à l'ULB. Un cursus de deux ans qui lui permet d'approfondir ses connaissances. La jeune femme choisit d'ailleurs de consacrer son mémoire à l'éclairage et au sentiment d'insécurité, en l'illustrant par un dossier mené dans une commune bruxelloise.

2001 marque un tournant dans la vie d'Isabelle Corten, lorsqu'elle devient mère de jumeaux. Dynamique et féministe au sens actif du terme, Isabelle ne voit aucun souci à emmener les deux couffins sous les lampions d'Anderlecht dont elle crée le plan lumière, en association avec Jean-Pierre Majot.

Esprit de corps

C'est finalement l'amour qui guidera les pas de l'urbaniste vers Liège. Nous sommes en 2007. Elle fonde le bureau "Isabelle Corten urbaniste lumière", qui devient Radiance 35 en 2010, et signe le plan lumière de la Cité ardente à quatre mains, Corten/Majot.

Au fil des années, le bureau s'étoffe et accueille plusieurs collaborateurs, puis déménage sur les quais de Meuse début 2017.

Aujourd'hui, Radiance 35, c'est neuf personnes dont une secrétaire. "Je suis le chef de file mais dans la mesure où mon rôle est aussi de représenter le bureau à l'étranger, il faut qu'il soit géré en mon absence. C'est la raison pour laquelle nous sommes en train de construire une base solide avec une direction liégeoise, pour que je sois l'ambassadrice de Radiance 35 au-delà de nos murs et frontières."

Illuminations, plans et mises en lumière ainsi que processus participatifs constituent l'essentiel du travail du bureau liégeois, intra-muros mais aussi à l'étranger. Un travail minutieux et une approche typiquement belges que les Suisses (par exemple) préfèrent au caractère plus extraverti de nos voisins français.

"Si à l'époque de mes études, nous étions six élèves filles pour trente étudiants, le métier d'architecte se féminise progressivement. Nous évoluons dans un milieu où les services techniques sont souvent dirigés par des hommes mais de manière générale, les échanges sont bons. Cela dit, si de plus en plus de femmes deviennent architectes, peu dirigent une entreprise. Dans les colloques, le public est aussi majoritairement masculin. Il y a donc encore pas mal de travail de ce côté-là", analyse Isabelle.

Radiance 35, c'est avant tout un travail collectif, une complémentarité de compétences à laquelle la cheffe d'entreprise est attachée. "Lorsque nous présentons un projet à un client, nous parlons au nom de Radiance 35. C'est cette cohésion qui nous a permis de traverser la crise du Covid-19. Certains se sont tout de suite révélés responsables et ont naturellement pris leur place. Comme nous utilisions déjà les moyens de conférence à distance, ce confinement ne nous a pas éloignés, même si l'essence de mon métier est le contact et l'interactivité. La difficulté s'est plutôt manifestée dans les contacts avec certains interlocuteurs, essentiellement du secteur public, mais j'ai constaté, avec bonheur, que la majorité de ceux-ci étaient rapidement disponibles."

Autre conséquence de la crise sanitaire : l'arrêt brutal des chantiers, causant des retards tant en travaux qu'en facturation. Une situation inédite que l'équipe a pu surmonter en créant de la flexibilité dans les paiements des salaires et en étant proactive, notamment dans la facturation d'études et l'avancement de dossiers. "L'une des facettes du métier d'architecte urbaniste est justement l'extrême souplesse dont nous devons faire preuve. Cela se vérifie tous les jours au travers du choix du matériel utilisé et proposé par les partenaires. Notre métier est aussi de respecter ces experts, ils sont les mieux placés pour l'utilisation et l'entretien sur le long terme. Plutôt que d'imposer, nous sommes à l'écoute et travaillons main dans la main, sans mettre d'obstacle pour de simples raisons esthétiques ou économiques."

Axe de vie

Illuminer un bâtiment ou un espace public ne se fait pas en deux mètres de fils et six ampoules Led. L'ADN de l'endroit et son intégration dans la ville sont primordiaux. "Les “temps de la nuit” renferment des informations capitales pour nous : qui fréquente les lieux et comment sont-ils perçus ? Qui bouge et à quelles heures ? Quels sont les couloirs écologiques et les espaces de biodiversité ? Ces informations sont notamment recueillies lors de marches participatives et d'analyse d'éclairage, entre ce que l'on garde et ce que l'on remplace. C'est un schéma perpétuel, cela nourrit notre réflexion et la construit. Cela fait quatre à cinq ans que nous avons intégré la notion de couloirs écologiques et de trame noire, à l'issue d'échanges avec les divisions nature et forêt. Par exemple, nous avons fait le choix de ne pas éclairer une partie du fort de Huy car une colonie de chauves-souris y loge.

Notre travail repose sur un délicat équilibre entre économie, écologie et vie sociale. Il faut être conscients de nos choix et créer de l'harmonie."

Carte d'identité de l'entreprise

Radiance 35

Quai Godefroid Kurth 22
4020 Liège

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