Indépendants et PME face au web

  • 59 %
    d'entrepreneurs n'ont pas de site web
  • 4.000
    euros, le coût d'un "bon" site
  • 17 %
    par an, le taux de PME qui subissent une cyberattaque

"Vous devez être sur internet !" Les starters et les entrepreneurs confirmés en sont conscients. Passer à l'acte leur pose souvent des problèmes. Voici les conseils de base ainsi que des trucs et astuces pour une utilisation optimale du web.

Thierry Evens & Isabelle Morgante

En Wallonie, à peine 41 % des indépendants et des PME ont un site internet. Tous, il est vrai, n'en ont pas besoin. Dans les professions libérales en particulier, quand l'agenda est plein, ce n'est pas utile. Dès qu'il y a un intérêt à trouver de nouveaux clients, le site est utile.

Beaucoup de commerçants, d'artisans ou de fournisseurs de services se contentent d'une présence sur les réseaux sociaux. "Cela permet de fidéliser les personnes qui vous connaissent et peut-être de toucher certains de leurs “amis”, explique Antoine Duchesne, créateur de sites chez Webup. Cela ne suffit pas pour quelqu'un qui démarre ou qui veut faire connaître une spécialité, une nouveauté. Le site est un agent commercial présent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur la toile. C'est un camp de base pour les réseaux sociaux, les e-mailings, tout le marketing digital. Il permet d'avoir une adresse mail propre au nom de l'entreprise."

La création d'un site commence en effet par la réservation d'un nom de domaine auprès de DNS Belgium. Il faut trouver une appellation disponible, facile à retenir et à écrire, proche du nom de l'entreprise.

Ensuite, les plus débrouillards peuvent utiliser des outils gratuits comme Wix ou Jimdo. Aucune connaissance informatique n'est requise. Le processus de construction est intuitif et aussi simplifié que possible. Cela prend cependant du temps pour créer le site, du temps pour l'entretenir... et le référencement est souvent médiocre, sauf à investir encore davantage de temps pour connaître les ficelles des algorithmes de Google.

Déléguer le travail peut se faire auprès d'un indépendant local. Ils sont nombreux à proposer leurs services avec des offres sur mesure et parfois spécialisées. Il existe aussi quelques grands opérateurs qui, d'ailleurs, démarchent souvent les nouveaux indépendants. Attention, certains d'entre eux proposent des "packages" inadaptés aux besoins des entrepreneurs. Il est prudent de se renseigner, de ne jamais rien signer sous la pression des commerciaux et de bien examiner son contrat.

Pour mille euros environ, il est possible d'obtenir un site web basique, simple mise en ligne d'un folder, sans entretien. Si l'entrepreneur considère le web comme un véritable investissement marketing, il lui en coûtera entre 3.000 et 5.000 euros, plus environ 250 euros par an pour l'hébergement et 250 euros par an pour les mises à jour et entretiens, même s'il faut toujours veiller à pouvoir modifier soi-même son site. Les éléments qui influencent le coût sont en particulier la qualité graphique et le volume de textes à prendre en charge.

Un fournisseur sérieux se préoccupe du référencement et y travaille, sans promettre la lune. Il est possible d'acheter auprès de Google un espace en première page pour telle ou telle recherche. Il n'est pas possible de promettre à cinq cents entrepreneurs une place en première page. Mais se retrouver bien placé pour une série de mots-clés est faisable.

Le référencement Google repose à 40 % sur le contenu du site (selon une centaine de critères), à 40 % sur sa popularité (liens externes, qui peuvent se travailler) et à 20 % sur la qualité technique et ergonomique du site. Un outil, Woorank, existe pour la mesurer.

Les caractéristiques d'un bon site

  1. Le design est en phase avec l'image de l'entreprise. Il rassure et reflète la qualité du travail proposé.
  2. Il est "responsive", c'est-à-dire adapté aux appareils mobiles, presque deux fois plus utilisés que les PC pour la consultation des sites commerciaux.
  3. Le contenu est solide et riche en mots-clés. L'ergonomie est claire et donne envie d'aller voir plus loin.
  4. Le référencement est bon pour les critères de recherche importants pour l'entreprise. Google Trends recense les termes les plus utilisés par les internautes.
  5. Les coordonnées de contact sont faciles à trouver pour demander plus d'infos ou un devis, passer une commande ou une réservation, etc.
  6. Le propriétaire du site ou son délégué a accès au contenu pour assurer une mise à jour régulière des photos et des textes.

Déjouer les pièges de la toile

Vincent Docq-Cremer (CBC).

"Il faut sans cesse taper sur le clou." Pour Vincent Docq-Cremer, risk manager chez CBC, il est nécessaire de rappeler encore et encore les règles de base pour éviter les accidents du net, qui peuvent coûter très cher et mettre en péril l'existence même d'une entreprise.

Les firewalls et antivirus sont indispensables, y compris les mises à jour. Les droits d'accès aux applications de l'entreprise doivent être limités, soumis à des mots de passe et, ici aussi, suivis. Quand une personne quitte la société, il faut penser à désactiver ses accès !

Les données seront mises à l'abri par des backups réguliers, sur un support isolé, sur le cloud ou des deux côtés. Pour classifier les informations confidentielles, il est nécessaire de séparer l'usage privé et l'usage professionnel du web. Enfin, il ne faut pas oublier de sécuriser aussi les tablettes et mobiles.

Tout cela n'empêche pas le "phishing". Les escrocs rivalisent d'imagination pour obtenir des données bancaires ou tout simplement pour inciter leurs proies à ouvrir un attachement de mail. Un clic intempestif... et un virus vient bloquer l'ordinateur ou tout le système. À la clé, il y a souvent une demande de rançon. Payer ne garantit nullement le déblocage. Mieux vaut faire appel à un spécialiste mais certains cryptages sont si vicieux qu'ils sont irréversibles.

"Nos experts en interne, comme ceux de la Computer Crime Unit fédérale, effectuent une veille stratégique. Quand une nouvelle fraude est détectée dans quelque pays que ce soit, ils réagissent, explique Vincent Docq-Cremer. Mais les hackers sont très créatifs et ont souvent une longueur d'avance. Ils disposent parfois de moyens illimités puisqu'on sait que certains États soutiennent le piratage des données."

Quatre conseils pédagogiques encore puisqu'il faut sans cesse rappeler les bonnes pratiques. Il existe des consultants en sécurité qui vont détecter les points faibles et sécuriser la PME. Leurs services sont payants (le prix est très variable) mais efficaces.

Les mots de passe, pas trop simples, comptent au moins huit lettres et chiffres avec majuscules et minuscules, caractères spéciaux. Ils sont changés régulièrement et sont différents dans les sphères privée et professionnelle.

Les paiements en ligne ne posent pas de problème sur les grands sites d'e-commerce. En cas de doute, il faut vérifier que l'adresse soit bien sécurisée : https et non http tout court.

Il est bon de prévoir une marche à suivre en cas de cyber incident. Si un PC de l'entreprise est infecté, que faut-il faire ? Qui faut-il prévenir ? Quelle est la communication interne ? Et externe ?

Le second souffle du smartphone

Geoffroy Van Humbeeck, récemment co-orateur à l'ULB, parle aussi de son modèle d'économie circulaire dans les écoles secondaires.

Diplômé en sciences économiques et fort d'une expérience d'une décennie à l'étranger, Geoffroy Van Humbeeck a lancé aSmartWorld en juillet dernier. La start-up rachète smartphones et tablettes aux entreprises, les reconditionne et les remet sur le marché, tout ça localement. "Huit Belges sur dix possèdent un smartphone et plus de 2,3 millions d'appareils dorment dans les tiroirs. Vu la forte demande de produits d'occasion (pour des raisons de budget et d'impact environnemental), il y a de belles opportunités à saisir, à condition d'être structuré et de construire un modèle prônant la limitation de déchets électroniques. Le marché de la réutilisation en est à ses débuts, rien de structuré n'existe aujourd'hui pour capter ce matériel. Avant tout, j'ai voulu identifier les compétences et opportunités locales, pour développer une entreprise d'économie circulaire. J'aurais pu, par facilité, travailler avec un pays comme la Chine mais je reste persuadé qu'il est possible de faire mieux ici pour le même prix", résume le jeune entrepreneur.

Concrètement, le rachat de matériel non utilisé aux entreprises s'opère selon une grille préétablie. Une convention de confidentialité peut être signée, garantissant l'effacement des données confidentielles des collaborateurs et de l'entreprise. La traçabilité est assurée si l'entreprise souhaite "suivre" l'appareil et connaître le secteur dans lequel il mènera sa seconde vie. Après révision dans un atelier wallon avec lequel Geoffroy a noué un partenariat, l'appareil est remis sur le marché local avec un an de garantie. "Confier smartphones et tablettes aux collecteurs électroniques qui reprennent les PC, c'est du gâchis, il y a un gros travail d'optimisation à faire", pointe Geoffroy.

La récolte de quelque 500 appareils a permis de valider le processus grandeur nature. La start-up va entrer dans une seconde phase de développement.

[ asmartworld.be }

Outils sécurité

 

La Cyber Security Coalition rassemble 22 organisations publiques (Police fédérale, universités et hautes écoles...) et 33 privées (banques, assurances, fédérations...). Son site internet met trois outils à disposition des indépendants et PME : un "scan" pour analyser sa situation, un "kit" pour améliorer sa protection et un guide pour gérer les incidents. Une question ? Un feed-back ? info@cybersecuritycoalition.be

 

cybersecuritycoalition.be }

Valoriser les pros

Laetitia Smagas a été récompensée pour sa détermination et l'originalité de Beautynity.

Les secteurs beauté, coiffure et soins souffrent d'une concurrence agressive sur les réseaux sociaux. Offres à prix cassés par de pseudo-esthéticiennes ou modeleuses d'ongles sont pléthore. Ce constat a poussé Laetitia Smagas à lancer Beautynity. Diplômée en marketing et sciences de gestion, "j'ai eu un vrai flash pour le digital, confie-t-elle. Ma précédente activité de consultante m'a permis de connaître les difficultés des métiers esthétiques, noyés par des personnes qui travaillent au noir." Créée en 2016, la plateforme Beautynity facilite la recherche des internautes et met en avant de vrais professionnels du secteur. Il y a deux conditions d'accès : posséder un numéro d'entreprise et un institut physique. Près d'une centaine de pros sont déjà répertoriés en Wallonie. "Être sur la plateforme n'offre pas une impunité. J'organise des visites de contrôle et propose des formations de stratégie sur les réseaux sociaux. Beautynity aide la profession, fait un tri entre les professionnels et les autres", résume Laetitia.

La jeune cheffe d'entreprise a reçu le "Brussels Capital Region Prize" au Microsoft Innovation Center après une semaine de formation avec des experts de start-up. Le jury a salué sa détermination et sa volonté d'offrir un label de qualité à un métier en souffrance.

[ beautynity.be }

Travailleur connecté

Les entreprises peuvent mettre à disposition de leurs collaborateurs des appareils et abonnements multimédias, tant comme outils de travail que pour leur usage privé.

La mise à disposition gratuite par l'entreprise de smartphone, GSM, tablette numérique, PC, abonnement de téléphonie fixe ou mobile et connexion internet fixe ou mobile pour un usage privé constitue un avantage rémunératoire. Il est assujetti, pour une valeur forfaitaire, aux cotisations de sécurité sociale et soumis à l'impôt. La valeur forfaitaire étant inférieure à la valeur réelle dont bénéficie le travailleur, c'est une solution alternative intéressante de rémunération (voir tableau).

Pour plusieurs appareils ou abonnements, il faut compter autant de fois le forfait correspondant qu'il y a d'appareils ou d'abonnements. Seul le forfait de 5 euros/mois pour la connexion internet n'est compté qu'une seule fois quel que soit le nombre d'abonnements ou de fournisseurs.

En cas de participation financière du travailleur à un ou plusieurs de ces avantages, le ou les forfaits correspondants sont réduits du montant de cette participation.

Avantage

Forfait

Abonnement de téléphonie fixe ou mobile

4 €/mois

Connexion internet (fixe et mobile)

5 €/mois

PC fixe ou portable

6 €/mois

Smartphone ou GSM

3 €/mois

Tablette numérique

3 €/mois

Remboursement de frais

Des salariés utilisent leurs appareils et abonnements privés à des fins professionnelles. On parle alors de BYOD (pour "Bring your own device"). L'entreprise peut rembourser les frais d'utilisation professionnelle supportés par le travailleur. Un forfait de 20 euros/mois est admis par l'Office national de sécurité sociale et le SPF Finances pour la connexion internet ou le PC, pour autant que l'utilisation professionnelle soit régulière et substantielle.

[ ucm.be > Employeur }

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