Repartir d'une page blanche

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    fois le droit passerelle "calamités" a été accordé
  • 400
    appels d'entrepreneurs en quête d'informations sur les mesures d'aide
  • 440
    employeurs ont demandé le chômage temporaire pour force majeure pour 1.700 travailleurs

Les inondations de juillet, reconnues catastrophe naturelle, ont plongé des milliers de Wallons dans le désarroi. Parmi lesquels de nombreux indépendants et chefs d'entreprise. Eux qui se relevaient après la crise sanitaire ont le genou en terre. UCM était à leurs côtés dès les premières heures. Récit, derniers chiffres et informations pratiques dans ce dossier.

Isabelle Morgante

C'était en juillet 2021, un mois d'été sans soleil. La Belgique n'est alors que pluie et ciel gris. La vie bascule dans la nuit du 14 au 15. Les rues deviennent des torrents, l'eau entre dans les maisons et emporte tout, sur plus de 60 kilomètres. Un déluge qui fauche la vie à une quarantaine de personnes. Les entreprises et maisons dévastées, les ponts fragilisés et routes éventrées, jusque-là, c'était à la télévision, loin de nous. Très vite, la solidarité se met en place. Repas chauds et dons pour réchauffer les cœurs, paires de bras anonymes pour déblayer les souvenirs d'une vie et informations aux indépendants qui ont tout perdu.

UCM a été sur le terrain dès les premières heures pour aider ces chefs d'entreprise privés de leur outil de travail, parfois même de leur maison. En remplissant des formulaires papier, sur le coin d'une table souillée. Ce sont leurs histoires. Celle de Jean-Pierre, brocanteur à Trooz. Il ne doit son salut qu'à sa solide stature et à une simple marche d'escalier, petit espace de vie au sec avant d'être sauvé plus de vingt-quatre heures après les inondations. Chaque nuit, son épouse Myriam le secoue et vérifie sa respiration, par peur de le perdre. L'histoire aussi de Nagim, bloqué dans son usine et secouru en Zodiac par des policiers flamands. Celle de Ginette, la vendeuse de friandises. À quelques mois de la retraite, sa petite boutique rose fuchsia est dévastée. Enfin l'histoire de Marc et Marina, les bouchers dont le commerce est sinistré. Lors de notre rencontre, Marina fait défiler sur son smartphone les photos et vidéos prises du premier étage de leur maison. Elle évoque aussi la disparition d'un petit chat roux et blanc. "Vous avez vu Noisette ?" Il était le compagnon de vie de sa maman, une dame âgée, effondrée depuis qu'il a été emporté par les flots.

Informer mais aussi accompagner, aider, écouter, épauler et reconstruire : des actions indispensables à mener. Pour des mois encore.

Une écoute et des actes

Les équipes UCM sur place pour écouter et aider les indépendants. Ici Valérie Saretto (gilet orange) à la rencontre de Ginette, commerçante sinistrée à Trooz.

Dès les premières heures qui ont suivi les inondations, UCM a apporté son soutien aux indépendants et chefs de PME, orphelins de leur entreprise, voire de leur domicile.

Malgré l'absence d'électricité et a fortiori de tout moyen de communication, il fallait pourtant entamer les démarches administratives. Remplir les documents papier à la main, avec les moyens du bord, se souvenir d'un numéro national d'identité ou de celui d'une police d'assurance : tel fut le quotidien des équipes UCM jusqu'à la fin août, avec la Sowalfin et le représentant du 1890, numéro d'appel unique consacré aux entreprises.

Au cœur de ce désastre, nous avons ainsi pu relayer des situations fragiles à l'asbl "Un pass dans l'impasse", dont l'équipe de psychologues a sillonné les communes et villes sinistrées, pour offrir une écoute attentive. Parallèlement, UCM a tenu des soirées de garde pour rencontrer les entrepreneurs dans la détresse.

Enfin, nous travaillons déjà sur un plan de relance, en partenariat avec les communes touchées, afin d'éviter des chancres commerciaux et d'agir concrètement aux côtés de ceux qui veulent se relever, avec force, de cette catastrophe.

Solidarité nationale

 

Très vite, UCM a lancé, sur les réseaux sociaux mais aussi auprès de ses partenaires, un appel à la solidarité afin d'établir une liste de menuisiers, vitriers, chauffagistes et électriciens au grand cœur qui accepteraient de donner un peu de temps et de main-d'œuvre aux entreprises sinistrées.

La plateforme numérique d'économie collaborative ListMinut a très vite relayé notre demande auprès de sa base de données professionnelle, puis Unizo (le pendant flamand d'UCM) a rejoint le mouvement et fait de même avec ses affiliés. Enfin, à cela s'est ajoutée la collaboration de la communauté germanophone.

Résultat : une centaine d'entrepreneurs solidaires ont accepté de participer à cet élan de solidarité. Le listing a été mis à jour quotidiennement et transmis aux communes, qui faisaient le lien avec les entrepreneurs sinistrés.

Le brouillard après le déluge

Nagim Oumoussa

L'entreprise MTPMeca, à Trooz, est la propriété de Nagim Oumoussa. Le sinistre est très important, il a perdu deux machines d'usinage de précision. Il est aussi en proie à des soucis de couverture assurance, ce qui retarde sa reprise. Désormais sans bâtiment (celui-ci a été érigé en 2019), Nagim dispose d'un terrain sur lequel il faudrait pouvoir reconstruire. Pas de trésorerie, pas de perspectives. L'entrepreneur liégeois a reçu une avance financière mais les experts tardent et son bâtiment dépérit à vue d'œil. Il faudra des mois à l'homme pour se redresser.

 

Derrière les chiffres, des histoires

Chez UCM, en plus d'être sur le terrain, nos équipes des entités régionales ont ouvert de nombreux dossiers de sinistre.

Le droit passerelle "calamités" a été demandé 154 fois, et accepté à 133 reprises. Une petite soixantaine est encore en attente de complément d'informations et/ou de documents.

Nonante-deux dossiers de dispense de cotisations sociales ont été introduits, pour un total de 98.602 euros, la caisse d'assurances sociales a également enregistré trois reports pour un peu moins de 3.700 euros.

Le Secrétariat social a acté la demande de chômage temporaire pour force majeure pour plus de 440 employeurs, soit l'équivalent de 1.700 travailleurs.

Le numéro de téléphone 1890 a reçu un peu moins de 400 appels d'entrepreneurs en quête d'informations sur les mesures d'aide, tant locales que régionales et fédérales.

La Sowalfin, quant à elle, a accepté 75 dossiers "prêt inondations" pour un peu plus de trois millions d'euros. Enfin, les équipes liégeoises UCM ont tenu 21 permanences dans les communes sinistrées, rencontrant et accompagnant ainsi plus d'une centaine d'entrepreneurs.

De leur côté, les psychologues sentinelles de l'asbl "Un pass dans l'impasse" ont sillonné les rues de 26 communes et distribué plus de 3.500 flyers lors d'un premier passage.

Depuis le 26 juillet, une trentaine d'indépendants (majoritairement liégeois et namurois) ont été pris en charge. Un chiffre en constante progression car les équipes se rendent actuellement une deuxième fois auprès des entrepreneurs sinistrés.

"De la chance dans notre malheur"

Marina et Marc Durand dans leur commerce sinistré. Ils hésitent à relancer leur activité.

Marc (62 ans) et Marina (59 ans) tiennent la boucherie Durand à Trooz depuis 27 ans. Leur fils y est employé, Marina s'occupe du comptoir.

Cet indépendant compte 42 ans de carrière. Il a exploité plusieurs commerces avant de s'établir Grand'Rue à Trooz. Devant un tel sinistre, il hésite à recommencer. "Notre préjudice n'est pas encore précisé mais le commerce est détruit, ainsi que l'atelier, le matériel et les systèmes de refroidissement des frigos. J'ai du caractère et je ne me laisse pas vite abattre. Fort heureusement, nous n'avons pas été blessés, nous avons eu de la chance. Il ne faut pas faire les malheureux car nous avons toujours notre habitation mais clairement, je pense que je vais arrêter", déclare Marc, quelques semaines après les inondations.

Et de conclure : "J'aurais aimé finir carrière autrement. C'est tout de même 47 ans de notre vie qui sont pulvérisés en l'espace d'une nuit. Tout allait bien se terminer, je ne prends pas les choses avec plaisir. Beaucoup de personnes disaient quitter la localité au lendemain des inondations mais les gens reviennent sur leur décision et pourraient rester. La balle est dans le camp de la commune pour relancer le commerce et convaincre de nouveaux habitants de s'installer."

Logiquement, un boucher devait reprendre l'enseigne des Durand. Ironie du sort, la boucherie qu'il exploite ailleurs est elle aussi sinistrée. Les prochaines semaines devraient être décisives pour la suite du dossier.

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