Atelier Les Gaillettes

Entreprise de travail adapté (ETA)

L'ETA, une entreprise comme les autres

23/09/19

L'Atelier Les Gaillettes occupe des travailleurs fragilisés par la vie et poursuit les objectifs d'une entreprise traditionnelle. La construction de nouveaux bâtiments permettra de rationaliser les coûts.

Isabelle Morgante

L'aventure de cette entreprise de travail adapté (ETA) installée à Battice débute en 1971, à l'époque où l'on appelait encore ces structures des ateliers protégés. Aujourd'hui, l'asbl compte 196 travailleurs actifs mais 240 sous payroll (30 moniteurs/staff de direction et 165 travailleurs en production), trois sites (deux à Battice et un à Barchon) et a plusieurs beaux projets dans ses cartons. On y travaille essentiellement le bois, le métal et le plastique pour particuliers, collectivités et entreprises. À quoi il faut ajouter le conditionnement divers, alimentaire et non alimentaire. Un nouveau conseil d'administration a été nommé l'an passé. Pol Wertz y est invité en tant que directeur opérationnel, la direction générale étant assurée par Pierre Dehaspe.

Originaire d'Aubel, Pol a connu un parcours professionnel divers, riche et varié… ce qui l'a certainement aidé à prendre son nouveau poste à bras-le-corps. "J'ai passé une partie de mon adolescence en Gaspésie, auprès de ma mère, mais les études faites au Canada n'étant pas reconnues chez nous, j'ai dû recommencer en cinquième secondaire. Cela m'a aidé à comprendre qui je suis", analyse-t-il aujourd'hui. Un bref passage à l'université, option philosophie à Louvain-la-Neuve, et retour dans les bocages herviens où il rejoint l'entreprise familiale de logistique. Nous sommes en 2011, Pol a 20 ans. "J'ai réfléchi avant d'accepter la proposition de mon père mais j'aurais été honteux de refuser sans même essayer. Mon père m'a appris la rigueur, j'y ai mis tout mon courage."

Le jeune homme reprend en main la gestion de l'entreprise, qui passera sous pavillon hollandais en 2015. Le climat social se détériore, l'aventure se termine en 2016. "Je ne suis pas plus malin qu'un autre mais j'avais fait mes preuves là où un autre ne les aurait peut-être pas faites. J'ai été engagé dans une nouvelle entreprise sur base de mes capacités d'apprentissage." Un premier passage aux Gaillettes rapproche Pol Wertz à la fois de ses convictions et de son domicile, mais il décide de s'en éloigner quelques mois, le temps de voir éclore un nouveau conseil d'administration au printemps 2017 et de s'installer définitivement dans le siège de directeur opérationnel début 2018.

"Le conseil d'administration est composé de gens qui peuvent apporter leur expertise et une réelle plus-value à l'entreprise. Toute l'équipe a mis les mains dans le cambouis pour redresser la situation financière des Gaillettes. En un an, nous avons réduit la perte de 30 % et même réalisé un boni de 45.000 euros en 2018. La fin du deuxième trimestre 2019 enregistre déjà un boni de 25.000 euros", s'enthousiasme le jeune directeur.

Rentabilité

L'asbl Les Gaillettes, c'est une entreprise comme une autre. Avec des objectifs de rentabilité, une stabilité de l'emploi et des projets à développer. "Notre asbl doit nous permettre de payer nos travailleurs. 90 % de nos marchés sont BtoB mais nous tentons d'élargir l'éventail, notamment en répondant à des marchés publics. Malgré tout, la complexité statutaire régionale entraîne une grande disparité avec la Flandre. Notre coût horaire est en moyenne deux fois plus élevé que celui des “beschutte werkplaatsen” en Flandre et quatre fois plus que celui des prisons, alors que nous ne demandons qu'une seule chose : pouvoir offrir un salaire décent pour un travail décent et faire en sorte que des travailleurs handicapés soient la pierre angulaire de notre société", résume Pol Wertz.

Pour y arriver, le secteur des entreprises de travail adapté dispose de deux organismes : la Fetal (la Fédération des entreprises de travail adapté de la province de Liège) et son pendant wallon l'Eweta. "Ce sont des organismes qui nous aident à essayer d'avoir une vision commune." Autre concurrence que celle de nos voisins flamands, et non des moindres : les prisons. "Je ne suis pas contre le fait que l'administration pénitentiaire offre cette possibilité d'activité aux détenus, mais je crois que l'économie se tire une balle dans le pied. Des marchés nous échappent car nous sommes deux, voire trois fois plus chers." Enfin, l'automatisation de certaines tâches jusqu'ici assurées par les travailleurs des ETA obscurcit leur horizon. "C'est une catastrophe pour une partie de nos collaborateurs car, précarisés intellectuellement, ils ne peuvent remplir que peu de tâches. La plupart de ces personnes “ont leur tête” mais sont des accidentés de la vie, souvent victimes d'entourage ou d'éducation malveillants. Les remplacer par des machines pour atteindre de nouveaux objectifs et tirer un trait sur les faiblesses humaines, comme les maladies ou les absences, plombe leur futur. En d'autres termes, on se dirige vers une élitisation des ETA."

Malgré cela, le jeune directeur est confiant en l'avenir. Il développe, avec l'équipe dirigeante, de nombreux projets… et en nourrit d'autres. Comme celui de racheter une menuiserie ou un atelier de mécanique, pour mêler travailleurs des Gaillettes et main-d'œuvre dite traditionnelle. Les compétences de chacun seraient valorisées, tant en connaissances pures du métier qu'en ouverture d'esprit. Ajoutons-y le projet de mutualiser les machines (comme la "5 axes" en menuiserie) et de les louer à d'autres entreprises de la région. Ou encore celui de créer un hub alimentaire réfrigéré qui offre de multiples possibilités de conditionnement.

Enfin, l'atelier est complètement repensé, avec la démolition des structures existantes et la reconstruction d'un nouvel espace, tout en modernisant et complétant le panel de services proposés par l'entreprise. "D'une part, la vétusté de nos bâtiments (38 ans) et, d'autre part, l'ineptie de deux sites à quelques kilomètres l'un de l'autre (avec une même zone de chalandise) nous poussent à lancer ce chantier. Nous étalons le calendrier sur deux ans et donnerons le premier coup de pioche au printemps prochain. Ces installations nous permettront de concevoir des produits “made in Gaillettes” comme le mobilier en époxy, qui nous a demandé six mois de développement et a généré l'engagement d'un “Monsieur Époxy” pour développer le département, en collaboration avec des artisans et entrepreneurs de la région."

[ lesgaillettes.be }

Accompagnement UCM
Secrétariat social

Rigueur et organisation

Sabrina Versadet (UCM).

Sabrina Versadet travaille depuis 22 ans au Secrétariat social UCM de la province de Liège ; les cinq premières années à Liège et depuis dix-sept ans au siège verviétois, en bord de Vesdre. Responsable d'équipe de gestionnaires, elle connaît particulièrement bien le dossier Les Gaillettes, dont elle est titulaire depuis janvier 2017. "L'entreprise de travail adapté est une grosse structure puisqu'elle ne compte pas moins de 240 travailleurs. Notre secrétariat social gère les dossiers de plusieurs structures semblables mais c'est la seule dont je m'occupe, explique Sabrina. Le nombre de travailleurs implique forcément une multitude de manipulations spécifiques, toutes liées à la commission paritaire du secteur, soit la 327.03. Je travaille de manière très méthodique, bien en amont du passage des fiches de paie. De cette manière, ce passage se fait très rapidement. Ce travail est aussi facilité par la bonne collaboration mise sur pied entre nous et Les Gaillettes."

Organisation sans faille et préparation donc pour gérer un dossier qui reste, somme toute, comparable aux autres. "Les congés de maladie, les mi-temps médicaux ou encore les jours de “petit chômage” sont rigoureusement identiques à ceux d'une entreprise classique." Ne change finalement que l'intervention des subsides de l'Aviq (NDLR : Agence pour une vie de qualité), qui demande une rigueur administrative. "De nouveau, en préparant un maximum de tâches en amont, on évite les erreurs", conclut Sabrina.

Autres portraits de la même catégorie

  • Patrick Granado - Etreac

    Toujours plus et mieux

    Patrick Granado n'est pas un entrepreneur conventionnel. À la tête d'Etreac dont il est le créateur, ce Namurois d'adoption casse tous les clichés de l'entrepreneuriat classique. Et réussit brillamment.

    Lire la suite
  • Ombra

    Conserver l'ADN de l'entreprise

    Ombra, c'est la famille Dupont, trois générations spécialisées dans la décoration de fenêtres, la protection solaire et la couverture de terrasses. Martin reprend aujourd'hui le flambeau.

    Lire la suite