Karl Hugo SA

Génie mécanique

Un exemple du "Made in Ostbelgien"

01/06/22

Nichée dans les Hautes Fagnes-Eifel, l'entreprise de génie mécanique Karl Hugo sort des pièces et des machines les plus sophistiquées. Comme des accélérateurs de particules.

Jean-Christophe de Wasseige

En ce dimanche ensoleillé, une animation particulière règne dans le zoning de Kaiserbaracke sur la commune d'Amel (Amblève). À l'ombre des conifères des Hautes Fagnes-Eifel, des dizaines d'étudiants et leurs familles se pressent pour visiter les halls de Karl Hugo SA. Au total, ils seront quelques centaines à défiler lors de cette journée portes ouvertes. L'opération, baptisée "Zukunft Metal" (le futur du métal), est destinée à sensibiliser les jeunes de la région aux opportunités de métier dans la mécanique et l'ingénierie. Des domaines dans lesquels cette entreprise familiale s'est forgé une solide réputation.

L'histoire commence en 1970. Un habitant du village voisin de Born, Karl-Joseph Hugo, alors âgé de 24 ans, décide de s'installer comme tourneur. Il investit la cave de la maison familiale et y place quelques machines, achetées avec la dot de son épouse, Régina Theissen. Là, il usine et répare des pièces en métal pour une série de professionnels de la région : agriculteurs, carriers, papetiers…

Karl démarche les clients le jour, réalise les commandes la nuit, livre au petit matin. Les commandes de tournage et fraisage s'enchaînent. Un premier adjoint est engagé dès 1972. D'autres suivent. Bientôt, les sidérurgistes Arbed au Grand-Duché et Cockerill-Sambre à Liège s'intéressent à son travail. L'activité prend de l'ampleur. Un hall de 600 m² est construit à Born. Régina prend en charge l'administration.

Au milieu des années 80, l'entreprise démarre une activité annexe : la construction de machines industrielles. Les clients sont des usines au Luxembourg : Goodyear (pneus), DuPont (Chimie), Circuit Foil (feuilles de cuivre)… Le recrutement d'ingénieurs commence, afin de répondre à cette demande plus complexe. À la même époque, l'entrepreneur convainc la commune de créer le zoning de Kaiserbaracke en bordure de l'autoroute E42 (Liège - St-Vith), où il établira sa PME forte de 25 personnes.

Des années noires

Dix ans plus tard, les affaires sont florissantes. Sur le zoning, quatre halls se côtoient déjà. C'est alors que survient une crise dans le métal. En cause : la chute du mur de Berlin et l'ouverture à l'Est. Des pays historiquement spécialisés dans la mécanique, comme la Tchéquie, deviennent de rudes concurrents. Pour Karl Hugo SA, c'est le choc. Car la société est grevée par de lourds investissements.

Ce sont les deux fils, Stephan et Bernd, qui se chargeront du redressement. En 1996, ils reprennent en effet le flambeau. Le premier se concentre sur la technique ; le second sur les finances et les ressources humaines. Malgré les dettes, les clients et les fournisseurs maintiennent leur confiance. Le personnel est également solidaire. L'entreprise s'informatise, rationnalise ses processus, décroche une certification ISO 9001, diversifie encore ses activités. Notamment en fabriquant des cuves sous pression avec une qualité reconnue par l'organisme allemand TÜV. Une première en Belgique.

2001 signe le retour à l'équilibre. Malgré cet épisode difficile, la méthode est perpétuée. À savoir ? Investir encore et toujours : dans le matériel, les hommes, les compétences. Cette fois, principalement sur fonds propres. "C'est la base de notre développement, explique Bernd Hugo. On se dote d'abord de machines-outils modernes, sans se préoccuper du marché. Puis on acquiert les compétences pour savoir les exploiter. Enfin, on lance une nouvelle offre commerciale. Et les commandes suivent. Notre credo, c'est l'amélioration continue…"

Entre 2013 et 2021, 16 millions d'euros sont ainsi été consacrés à renouveler et élargir tout le parc de machines-outils (en général, elles sont remplacées après quinze ans), construire de nouveaux halls (les cinquième et sixième), économiser l'énergie (isolation, panneaux solaires, éclairage LED…) et recruter (quinze personnes sur les trois dernières années). Aujourd'hui, Karl Hugo SA s'étend sur des ateliers de 10.000 m², dispose de son propre bureau d'études, occupe une cinquantaine de collaborateurs et fait 12 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Une renommée internationale

Avec des installations désormais à la pointe, la compagnie se targue de pouvoir assurer "tous types de réalisations de haute précision". Exemples ? Des pièces et des sous-ensembles en différents matériaux : acier, alu, inox, cuivre, plastique. Des machines industrielles pour de nombreux secteurs, de la chimie à l'énergie. Des lignes de production pour lesquelles tout est pris en charge : conception, plan 3D, usinage, soudure, peinture, assemblage, transport, montage sur site. Des têtes de laquage, qui servent à peindre des tôles en continu dans la sidérurgie ou l'automobile. Des cuves sous pression ou sous vide pouvant servir de stérilisateurs, de réservoirs, de générateurs de vapeur…

"Nous n'avons jamais choisi de nous spécialiser dans l'une ou l'autre production, poursuit Bernd Hugo. Nous sommes toujours restés ouverts à tout. Notre ambition, c'est de pouvoir répondre à n'importe quelle demande et d'offrir du sur-mesure." Confidentialité oblige, les noms des clients actuels ne sont pas dévoilés. Seule exception : IBA. Le groupe néo-louvaniste fait assembler ses accélérateurs de particules à Born. La Belgique n'est pas le seul marché, loin de là. Karl Hugo SA exporte entre 35 et 65 % de sa production selon les années. Principalement dans les pays germaniques : Allemagne, Autriche, Suisse. Mais aussi sur d'autres continents. Jusqu'en Corée du Sud.

Dans un secteur en pénurie de main-d'œuvre, le dimanche portes ouvertes aura sans doute suscité des vocations. Pour les concrétiser en emplois, la Communauté germanophone et ses entreprises savent en tout cas y faire. Elles appliquent la "Duale Ausbildung", la formation en alternance si chère au voisin allemand (dont l'IFAPME s'est inspiré en Wallonie, voir ci-dessous ou ci-contre et en page 29). Dès 15 ans, un jeune peut ainsi passer quatre jours par semaine en entreprise et un jour à l'école. Pour devenir à 18 ans un opérateur autonome.

Carte d'identité de l'entreprise

Karl Hugo SA

Born, Engelsdorfer Strasse 13
4770 Amel (Amblève)
080/ 57 03 67

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