Denis et Mathilde Rutot

Dirigeant de Châssis Hanin

Depuis Marche vers le monde entier

13/02/18

Denis et Mathilde Rutot dirigent les Châssis Hanin à Marche-en-Famenne depuis 25 ans. Heureux entrepreneurs, ils ont poussé les frontières de leur savoir-faire jusqu'au Qatar et prospectent l'Amérique latine.

Isabelle Morgante

 

C'est l'histoire d'un couple qui se complète à merveille. Mathilde Rutot est diplômée en marketing, Denis est licencié en sciences économiques de l'Université de Namur. Il est tout d'abord responsable administratif dans une entreprise d'appareillage d'éclairage à Vilvorde, puis bifurque vers Investsud, avant de reprendre les rênes des Châssis Hanin en 1992.

"Nos parents étaient indépendants, nous désirions reprendre une activité qui sortait de notre giron familial. Lorsque l'entreprise Hanin est tombée en faillite, la menuiserie en était à la troisième génération, mais en bout de course. Cela correspondait à notre envie, Mathilde et moi, de créer quelque chose." La notoriété de la marque avait largement dépassé les frontières régionales. De Marche à Arlon, personne ne se posait de questions et tout le monde commandait ses châssis chez Hanin. Point. Pendant quelques années, les jeunes entrepreneurs vont relancer et exploiter l'entreprise au sein même des bâtiments originels, au centre de Marche-en-Famenne. Ces infrastructures sont pourtant exiguës et peu adaptées à l'activité, mais permettent aux Rutot de relancer l'entreprise à moindres frais.

"Nous étions jeunes, et surtout libres de tout engagement financier, sans crédit ni hypothèque, avec même un petit bas de laine. Au pire, nous le perdions mais ce n'était pas grave. C'était donc le bon moment, nous avons eu l'impression, comme au casino, de tout miser sur une case."

Mathilde et Denis reprennent deux ouvriers sur les quinze. "Les machines étaient malgré tout préservées. Nous avons mis la clef dans le contact et on est repartis au quart de tour. La faillite ne concernait fort heureusement que la gestion, pas la clientèle et encore moins les produits."

Le duo se familiarise tout doucement avec la vie entrepreneuriale, les débuts sont parfois cocasses. Denis se souvient aujourd'hui que dans ses premiers contacts avec les clients, il avait un jour raccroché le téléphone sans penser à prendre les coordonnées de la personne ! Des moments qui ont consolidé le couple dans son choix. "Mathilde s'occupe de la comptabilité et de la partie volets/protection solaire, moi des châssis, portes et vérandas. En trente ans, nous avons évidemment appris notre métier mais nous avons aussi grandi. Après deux ou trois ans d'activité, nous avons constaté que la concurrence passait de plus en plus par l'automatisation, permettant une réduction significative des coûts. Nous, nous n'avions pas les reins encore suffisamment solides pour investir dans de nouvelles machines, nous nous sommes donc détachés du reste du marché en misant sur la très bonne réputation de la maison, sur la qualité des services et sur le capital confiance de la clientèle. Nous nous sommes dirigés vers une menuiserie haut de gamme, plus esthétique et robuste. Toutes nos décisions ont été prises pour aller vers une clientèle ciblée et dans un segment précis, qui était les châssis anti-balles et anti-effraction."

L'entreprise marchoise parvient ainsi à se démarquer en se spécialisant de plus en plus dans un marché de niche où, par la force des choses, les entreprises ne sont pas légion. "Dans notre tête, nous étions redevenus des artisans, dont les mains étaient dotées de commandes numériques."

 

Carte d'identité de l'entreprise

Châssis Hanin

Borchamps 2A
6900 Marche-en- Famenne

  • Emplois40 équivalents temps plein sur les trois sites (l'entreprise cherche un commercial pour chacun de ses sites et un ouvrier polyvalent à Arlon)
  • CA4 millions d'euros
  • Contact

Reprise

Durant dix ans, la famille Rutot consacre toute son énergie à la bonne santé des Châssis Hanin. Puis, en 2002, l'opportunité de reprendre la Vitrerie miroiterie de Jambes se présente. Elle aussi est une belle entreprise, nantie d'un indéniable capital sympathie. "C'est un métier parallèle aux châssis, l'entreprise nous a permis de proposer un catalogue de simple vitrage destiné à la décoration intérieure de la maison. Nous avons remis de l'ordre, donné le coup de boost nécessaire et rapidement doublé le chiffre d'affaires." En 2008, le portefeuille se complète par l'acquisition de Drion Bank Security à Gembloux, spécialisée dans la menuiserie bancaire en acier. Enfin, 2012 marque la reprise du Comptoir des glaces d'Arlon. Là aussi, il s'agit d'une "institution".

Si l'entreprise de Jambes a déménagé de 100 mètres et que celle de Marche a opté pour un complexe en bord de Nationale 4 en 2016, celle d'Arlon est toujours dans ses murs. Mais ce sera bientôt de l'histoire ancienne. "Nous allons en effet prendre nos quartiers dans le zoning à côté d'Ikea, du côté Grand-Duché de Luxembourg. Travailler au centre d'Arlon devient difficile en termes de mobilité et de parking, livraison et chargement de produits. Nous avons en plus la volonté de développer notre chiffre d'affaires sur le territoire luxembourgeois, avec les produits arlonais et marchois. La construction du site devrait se terminer dans le courant de cette année."

Malheureusement, Denis Rutot ne bénéficie pas du don d'ubiquité. Il doit donc orchestrer sa semaine entre les trois implantations. "Je délègue le quotidien des sites de Jambes et d'Arlon aux responsables sur place mais je m'y rends deux demi-journées par semaine. Nous faisons confiance aux gens qui sont sur place et appliquons un management "en rateau". Mathilde et moi sommes en hauteur, et tout le personnel travaille au même niveau. Pas de N-1 ou -2." Des réunions d'évaluation sont régulièrement organisées, tandis que le personnel de chaque site se voit officiellement toutes les six semaines, un moment durant lequel tout le monde a le droit de revenir sur le passé ou envisager l'avenir.

En pleine expansion, les Châssis Hanin ont tout de même vécu des moments de doute, devenus par la suite révélateurs de nouveaux défis. Comme en 2008. "La crise bancaire a plombé notre carnet de commande, il a fallu trouver d'autres clients, ailleurs. Nous avons alors participé à une mission de l'Awex (Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers, NDLR) à Doha, la capitale du Qatar, et noté la présence de magnifiques demeures, qu'il fallait peut-être sécuriser. Ça nous a sauvés." Aujourd'hui, les Châssis Hanin tirent profit d'une représentation sur place grâce à Rabie, un jeune homme dont le bureau est installé sur "l'avenue Louise locale".

Depuis quelques mois, des contacts sont en cours avec le Bahreïn, tandis que les côtes d'Amérique latine se dessinent à l'horizon.

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